Un festival de festivals

C’est la presse qui le dit : en ce moment, je n’ai plus le temps.
Mais le mois de juin arrive, les bras chargés d’événements houblonnés.

Le week-end prochain, il ne faudra pas manquer le Lausanne Beer Celebration.13268405_784833004952562_1030887262519731641_o

 

L’association Echec et Malt et le PiBar organisent un festival, un peu comme l’année passée mais en encore mieux. Cette fois, c’est dans le cadre de Lausanne à Table et ça se passe à la cantine de Sauvabelin, idéal pour laisser les enfants courir dans les bois pendant que tu dégustes tes bières. Par exemple. Il y aura dix brasseurs suisses et quatre étrangers, que du très bon. Forcément, l’association Echec et Malt et le PiBar, c’est toujours un peu Rabei Allouch et il connaît plutôt bien son sujet.

Source : www.lausanne.ch
La cantine de Sauvabelin, sans bière. Source : www.lausanne.ch

Il y aura aussi un concours ouvert aux brasseurs amateurs, avec dans le jury, Rabei, Laurent Mousson, Philippe Bov Corbat, Alessandra Roversi, Raphael Mettler – s’ils te disent que ta bière est bonne, c’est qu’elle est bonne. Et s’ils te disent pourquoi elle ne l’est pas, tu peux aussi leur faire confiance, c’est donc une très belle occasion pour des « hobbybrewers » de s’améliorer.
Il y aura aussi à manger, bien sûr.
Et pour financer le festival, quatre brasseurs (Mont-Salève, Trois-Dames, 523 et Echec&Malt)(excusez du peu) ont créé une bière collaborative, déjà disponible dans plusieurs bars: Les Artisans, la Grenette et bien sûr le PiBar à Lausanne, le Pooc à Bienne, The International à Zurich.

 

L’event Facebook

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Le week-end prochain, il ne faudra pas manquer le Rock o Jorat, le festival organisé pour les dix ans de la brasserie du Jorat. Raoul Gendroz, le fondateur de cette brasserie, a toujours apprécié de faire venir des groupes pour les journées portes-ouvertes, il voulait donc de la musique pour cet événement, « la machine s’est un peu emballée » et c’est devenu un festival, avec une très belle affiche, Kassette, John Dear, par exemple.
Mais il y aura aussi plein d’autres choses, démonstrations de brassage, atelier de bricolage, brunch et food trucks. Et c’est à Vulliens, avec plein de magnifiques itinéraires de randonnées. Mais vous pouvez aussi y aller avec la navette spéciale qui part depuis le métro Croisettes à Lausanne. Et il y aura une cuvée spéciale dix ans à découvrir.

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« Nous sommes fiers de montrer que nous avons dix ans », m’a expliqué Nicolas, le chargé de comm (entre autres) de la brasserie. « Cela fait dix ans que Raoul fait de l’éducation, en expliquant aux gens ce qu’est de la bière artisanale ».

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La brasserie du Jorat s’est d’abord fait connaître dans sa région, elle a supplanté la Boxer et des choses bien pires que ça dans quelques buvettes du foot et autres girons de la jeunesse mais commence à sortir un peu de sa région, en participant notamment à des manifestations comme le Food Truck festival, où quatre brasseurs vaudois s’étaient associés pour tenir un bien chouette bar.
Son credo : des bières simples mais bien faites, « parce que nous pensons que c’est plus difficile de réussir une bière simple qu’une triple IPA aux cacahuètes ».

(Et ce sera l’occasion de prouver qu’on sait faire la fête dans la région, pour ceux d’entre vous qui imagineraient le Jorat mormon)(désolé)

L’event Facebook

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Et sinon, le week-end prochain, c’est un premier samedi du mois : Burgers and Beers à La Nébuleuse, portes-ouvertes aux 3 Dames.

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Et après ça, on se repose ? Mais non, penses-tu. Le 11 juin, il y a le Festipiousse, deuxième du nom, qui aura la lourde tâche de faire mieux que le premier. Le 18, il y a les 15 ans de la brasserie Docteur Gabs. Et le 19 juin, il y a le Biergarten de Granges-Marnand. Sans oublier le barbecue du Brew Club à Vidy : des brasseurs plus ou moins amateurs se sont retrouvés un après-midi pour faire la base d’une bière, ils ont tous ajouté leur petit grain de sel (enfin, plutôt de houblon, j’imagine) et là, ils se feront goûter le résultat, et tout le monde y est le bienvenu s’il apporte à manger et, surtout, des bières.
On vous en reparlera ici. Peut-être. Parce que en ce moment, je n’ai plus le temps. C’est la presse qui le dit.

La bière au Moyen Âge

On l’a vu, la bière a été l’une des pierres angulaires des civilisations antiques, avec la poterie, l’écriture et les rois qui se prennent pour des dieux. Avec le temps toutefois, sa popularité s’éroda quelque peu, notamment en Grèce et à Rome, où les hautes sphères de la société lui préféraient la noblesse d’un vin dans lequel on sautait pourtant à pieds nus.

Brutes.
Brutes.

Si les méthodes de brassage n’évoluèrent plus tant que ça durant l’antiquité tardive, la recette n’en continua pas moins de voyager, jusqu’à gagner les derniers bleds du monde connu qui n’en avaient pas encore fait la découverte ; la consommation comme la confection de bière demeura toutefois l’apanage des petites gens, le vin gardant la préférence des plus fortunés et de l’Église. Cette dernière percevait d’ailleurs la bière comme un liquide du Diable, contrairement au vin, qui était le sang du Christ. Allez argumenter contre ça…

C’est pourtant aux moines que l’on devra le retour au premier plan du liquide du Diable, lorsque les monastères s’entichèrent de la confection de bière, moins onéreuse à produire que le vin. Dès le septième siècle, il était devenu courant pour les moines de brasser un ou plusieurs types de bière, que ce soit pour leur consommation personnelle, pour offrir aux pèlerins ou pour soigner les malades.

Et puis, avec le temps, on reprit conscience des vertus de la bière ; à une époque où l’eau favorisait les épidémies, on ne pouvait que percevoir comme une bénédiction le fait que se mettre une mine équivalait à se prémunir contre les maladies. La consommation de bière sauva bien des vies et l’Église, avec qui c’était tout ou rien, déclara que ce breuvage était un bienfait de Dieu, l’action de la levure pouvant être perçue comme un miracle.

Ils avaient bien d'autres théories, mais celle du miracle avait la préférence du moment, en ce qu'elle était la seule qui ne vous envoyait pas au bûcher.
Ils avaient bien d’autres théories, mais celle du miracle avait la préférence du moment, en ce qu’elle était la seule qui ne vous envoyait pas au bûcher.

Bien entendu, Moyen Âge oblige, les brasseurs se débrouillaient avec ce qu’ils avaient sous la main, ce qui pouvait considérablement varier d’une région à une autre ; en résulta donc nombre de méthodes de brassages et de recettes différentes, qui se perfectionnèrent au fil du temps. Et bien qu’à terme on se mit d’accord un peu partout pour reconnaître que le houblon paraissait plus ou moins indispensable, beaucoup de ces méthodes survécurent jusqu’à nos jours, et leurs résultats garnissent encore nos comptoirs.

C’est du reste à force de tâtonner qu’on développa en Bavière une nouvelle méthode de fermentation, qui offrait l’avantage de mieux supporter la chaleur et dont le résultat se conservait plus longtemps. La fermentation basse était née, amenant toute une gamme de perspectives nouvelles, dont découlerait notamment la Pils. La chose fut perçue comme une révolution.

Révolution.
Révolution.

Et c’est ainsi que grâce aux bons soins des moines, la bière passa d’un mets très nutritif semi-liquide dont même les Romains ne voulaient pas à ce que l’on connaît aujourd’hui. Et comme par hasard, quelques siècles plus tard, on entrait dans la Renaissance.

Sources (lol) : http://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/232-histoire-generale/3608-histoire-de-la-biere-2-le-moyen-age.html

La bière se met à table

Lausanne à table a dévoilé ce jeudi matin sa programmation 2016.   Cette manifestation est née suite au succès de Lausanne ville du goût et en est à sa cinquième édition. Son idée est de mettre en avant les produits régionaux. Elle n’est pas organisée par la ville de Lausanne, mais par un comité indépendant et beaucoup, beaucoup de bénévoles.

Il y aura, forcément, quelques événements en lien avec la bière cette année.

Tous les premiers samedis du mois, à midi, des dégustations « Burgers&Beers« , mitonnées par le ZooBurger et la brasserie La Nébuleuse. 4 mini-burgers associés à 4 bières pour découvrir les accords mets bières. Ca se passe à Renens, dans les locaux de La Nébuleuse.

Les 3 et 4 juin, la Lausanne Beer Celebration, organisée par l’association Echec et Malt et le PiBar. Avec dix brasseurs suisses et quatre étrangers, tous sélectionnés pour l’originalité de leurs produits.

Et enfin… je n’ai pas encore le droit de le dire. Mais dans le cadre d’un des événements en train de devenir incontournables de Lausanne à table, plusieurs brasseurs (eux aussi en train de devenir incontournables) lausannois et vaudois participeront, sous une forme que je me réjouis vraiment de vous annoncer.

 

Bière d’honneur vaudoise

Le canton de Vaud aura désormais sa bière d’honneur, comme il a son vin. Un postulat du député Vert Martial de Montmollin, « Faisons mousser la bière« , a en effet été accepté par le Grand Conseil cette semaine. Je lui ai demandé pourquoi.

C’est lui (source: twitter)

Pourquoi ce postulat ?

 J’ai déposé ce postulat pour soutenir la production de bière locale de qualité. Il y a environ 50 brasseurs sur le canton. Pour la plupart, ce sont des brasseurs artisanaux dont le travail mérite d’être mis en avant par une telle distinction.
 

Comment a réagi le parlement ? Tu t’attendais à ce que ce soit accepté ?

Le Grand conseil a été amusé. Certains collègues ont pris la parole pour me soutenir, d’autres pour combattre l’idée. Je ne savais pas vraiment quel serait le résultat, mais j’avais bon espoir.

2header_grand_conseilLe Grand Conseil (source: vd.ch)

 

Quels ont été leurs arguments ?

Les arguments pour:

– soutien à la production locale

– nouveaux débouchés pour l’agriculture

Les arguments contre:

– Pourquoi une distinction pour la bière et pas pour le saucisson ou la gentiane

– Ce débat décrédibilise le Grand conseil

Contrairement au vin, la bière n’a pas de tradition dans le canton, donc n’est ce pas prématuré ?

La bière a une grande tradition de consommation dans le canton. Il suffit de fréquenter n’importe quel giron pour s’en convaincre. Mais en ce qui concerne la production, il y a aussi une tradition brassicole vaudoise. Le dictionnaire historique suisse, par exemple, mentionne l’ouverture d’une brasserie en 1717 à Morges. Mais il y en a eu probablement bien d’autres. Cette tradition s’est perdue avec la concentration de la production qui nous a amenés a n’avoir plus qu’une trentaine de brasseurs au niveau suisse dans les années 70. Pendant longtemps, la bière Boxer (brasserie fondée en 1960) fut quasi la seule du canton, mais depuis une à deux décennies de nombreuses brasseries artisanales font revivre cette tradition oubliée.

1010Jeunes gens occupés à faire revivre les traditions (source: jeunessedetoy.ch)

Quand aura lieu le choix et comment ?

L’idée est que le Conseil d’Etat désigne une « bière d’honneur du Conseil d’Etat » au même moment qu’il désigne « le vin d’honneur du Conseil d’Etat » et le « fromage d’excellence », ce qui se fait généralement entre fin novembre et début décembre


Quels seront les critères ?

La balle est maintenant dans le camp du Conseil d’Etat qui devra élaborer le processus de désignation


Peu de bières locales sont brassées avec des matières premières locales (pour le moment). Est-ce qu’on peut vraiment parler de produit régional ?

A l’heure actuelle, l’orge et le houblon sont malheureusement importés. Toutefois, une production d’orge s’est développée à Genève et des essais sont en cours à Bavois. Les consommateurs de bières artisanales veulent le plus souvent un produit local de qualité. Il y a donc clairement un marché pour notre agriculture dans la production d’orge et de houblon locaux. Ce développement va tout à fait dans le sens de la diversification de l’agriculture et de l’orientation vers des produits de qualité et de circuits cours que prônent les Verts.

Modération à l’anglaise

La modération, c’est cette forme de responsabilité qui vous enjoint à décliner cette cinquième canette de 8.8 avant de prendre le volant pour rentrer ; à l’ère de la consommation, nous sommes constamment cernés par de vastes choix de saveurs et savoir dire « non merci » est une part importante de la vie de trogne.

Cependant, le choix ne nous est pas toujours offert. C’est notamment ce qu’ont appris à la dure les citoyens de Londres le jour où une vague de bière haute de trois mètres les emporta.

Ou est votre flegme maintenant, habitants de Londres ?
Ou est votre flegme maintenant, habitants de Londres ?

La Meux Brewery Co, située dans un quartier pauvre de la capitale, brassait d’importantes quantité de porter dans des cuves qui commençaient à accuser le poids des ans ; durant cette tragique journée du 16 octobre 1814, d’assourdissantes déflagrations se font entendre dans les environs alors que les cerceaux de fer entourant l’une des cuves éclatent les uns après les autres, jusqu’à ce que le contenant cède, libérant son précieux nectar qui y fermentait sans rien demander à personne depuis dix mois.

Un effet domino plus tard, c’est une masse de près d’un million et demi de litres de bière qui passe à travers le mur et s’en va offrir avec insistance la tournée générale aux paisibles agglomérations des alentours. Deux maisons sont littéralement emportées tandis que la vague inonde le quartier, où des familles entières s’entassaient dans de petites pièces ou même des caves. Un pub proche est également dévasté, probablement à l’instant où le tôlier annonçait qu’on ne servait plus.

Alors qu’on serait tenté de croire que ceci est probablement la catastrophe la plus sympa qui puisse nous frapper, il y eut tout de même neuf victimes à déplorer, parmi lesquelles des brasseurs, un enfant de trois ans, la jeune serveuse du pub cité plus haut, ainsi qu’une mère et sa fille qui prenaient le thé dans une pièce des environs.

Mais ce dernier cas était probablement un acte délibéré de la vague.
Mais ce dernier cas était probablement un acte délibéré de la vague.

Aux habitants se précipitant sur les lieux pour porter secours aux blessés s’ajoutèrent ceux qui s’y rendirent avec des récipients pour retirer leur part. Des bagarres éclatent, des blessés sont acheminés à l’hôpital. Leur odeur d’alcool est si forte qu’une fois sur place, d’autres patients croient qu’on y improvise une petite fête à laquelle ils ne sont pas invités et se mettent en rogne. Des échauffourées éclatent, le temps qu’on clarifie la situation.

Le quartier mit plusieurs jours à évacuer l’alcool qui s’était infiltré dans chaque trou et l’odeur de la bière y régna durant des semaines ; de leur côté, les propriétaires de la brasserie furent innocentés par la justice, qui définit l’accident comme étant « un acte de Dieu ».

« C'est un marrant, Dieu. »
« C’est un marrant, Dieu. »

La Meux Brewery fut néanmoins durement frappée par la perte engendrée par la catastrophe, mais toucha une compensation de l’état qui la remit à flot. Comme ça, ça nous fait une happy end.

La brasserie du Chauve déménage

(Je me suis dit que tous les jeux de mots en chauve avaient déjà été faits, du coup, un titre efficace plutôt qu’un truc tiré par les cheveux, c’est bien aussi, non ?)

Le Chauve déménage. La brasserie fondée en 2010 par Jann Poffet quitte le centre-ville de Fribourg pour le Marly innovation Center où elle disposera de locaux neufs, 200 mètres carré qui permettront à l’équipe de brasser 4000 litres par semaine. « Ca nous permettra de ne plus mourir de chaud durant le brassage. Ne plus déplacer sur 150m des
palettes de bouteilles. Plus de facilité dans la logistique », résume Jann. Le local du chemin des Roches restera comme magasin et showroom. Cela permettra aussi à cette brasserie qui propose, à côté de son assortiment de base, quelques produits très originaux comme sa Savante à la pomme de terre, et fait des séries spéciales aussi bien pour l’Evêché de Fribourg que pour des punks échevelés, de sortir prochainement quelques nouvelles nouveautés.

J’en ai profité pour poser quelques questions au Chauve au lieu de le laisser tranquillement préparer le déménagement et la soirée d’inauguration de la nouvelle brasserie vendredi.

Photo volée sur le Facebook de la brasserie
Photo volée sur le Facebook de la brasserie

Au fait, à Fribourg, où la nostalgie de Cardinal est encore importante,
est-ce que c’est plus difficile de faire de la bière artisanale ?
C’est pas moins ou plus difficile, c’est différent. La grande difficulté
c’est les moyen financiers pour suivre la production, mais c’est un problème
pour toute entreprise

Et est-ce que tu constates un « Röstigraben » ?
Oui y a une différence de culture et ça se sent dans la nourriture et les
boissons.

La brasserie du Chauve est souvent présente à des festivals et autres
événements, est-ce que pour toi, rencontrer tes clients est important ?
Bien entendu c’est de la mise en avant et on se rapproche de nos clients

Le boom actuel des brasseries artisanales, ça te réjouit ? Ou c’est juste un
effet de mode ?
Bien entendu c’est des nouvelles bières qui arrivent, des nouveaux gouts et
un départ de culture. Et je ne pense pas que c’est une mode mais un ras le
bol des produit standardisés!

La bière, c’est le futur

Étant donné qu’on confectionnait et consommait déjà de la bière avant même de se sédentariser, vous ne serez sans doute guère surpris d’apprendre qu’on lui doit également nombre d’avancées technologiques. Et lorsqu’on en met quelques-unes côte à côte, on se dit que sans le houblon, l’humanité frapperait toujours rageusement des morceaux de silex au lieu de propager la science et le progrès à l’Oktoberfest.

La réfrigération

Alors que le brassage de la bière génère de la chaleur et que celle-ci peut être néfaste au produit, il a longtemps fallu acheminer continuellement de la glace dans les celliers des brasseries importantes pour y maintenir un niveau de fraîcheur acceptable.

Bonhomme de neige était alors un métier respecté.
Bonhomme de neige était alors un métier respecté.

On ne peut qu’imaginer les problèmes sans fin qui se posent à qui doit systématiquement empiler des blocs de glace dans sa propre cave, et il aura fallu attendre l’an 1873 (ou 76 selon les sources, mais on s’en fout hein ?) pour que l’ingénieur allemand Carl von Linde développe le premier réfrigérateur pour la brasserie bavaroise Spaten.

Pour être honnête, d’autres avant lui avaient déjà développé des machines frigorifiques, mais l’appareil de von Linde était le premier réfrigérateur domestique tel que nous le connaissons. Bientôt, chaque brasserie était équipée de son propre système de réfrigération, puis nos maisons.

Outre les bénéfices évidents retirés de cette invention, on lui doit sans doute le maintien du prix de la bière à un niveau raisonnable, parce qu’au vu du climat actuel, un bloc de glace vaudrait à peu près son poids en émeraudes.

Les bouteilles en verre

Si la bouteille de verre existe depuis un certain temps, sa confection était laborieuse jusqu’à l’aube du vingtième siècle. Il fallait chasser la silice sauvage dans la steppe, puis patiemment assembler les débris et leur donner la forme voulue au marteau à bomber le verre.

En 1903 toutefois, Michael Joseph Owens révolutionna la pratique en automatisant la construction de bouteilles en verre ; il développa ce que l’on appellera (à tort) le botellotron 5000, qui était capable de confectionner 12 bouteilles par minute. En 1912, le chiffre montait à 50, puis carrément à 240 après encore quelques années.

Le tout avec finesse et élégance.
Le tout avec finesse et élégance.

Initialement utilisée pour fabriquer des récipients pour la bière, l’ale, la porter ainsi que divers sodas pour se donner bonne conscience, la machine fut bientôt employée aux quatre coins du globe et servait à confectionner des bouteilles de lait, de ketchup, de vin et de tout ce que vous voulez.

Le dioxyde de carbone

On sait que le dix-huitième siècle connut nombre de grands hommes de lettres et de science, et l’un d’entre eux mérite tout particulièrement qu’on lui lève notre verre, pour de nombreuses bonnes raisons. Le britannique Joseph Priestley était tout à la fois : pasteur, théologien, enseignant, scientifique, pédagogue, philosophe et contestataire politique, il publia plus de cent ouvrages, échangeait avec plaisir ses idées et découvertes, admettait ses erreurs dont il riait volontiers, cherchait à réconcilier science et religion et n’hésitait pas à critiquer son propre gouvernement, allant jusqu’à applaudir la révolution française, lui valant à terme de gagner les USA après l’incendie criminel de sa maison et de son église en 1791.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, c’est parce que Joseph Priestley vivait en face d’une brasserie dont il observait les émanations dues à la fermentation qu’il prit conscience que l’air semblait être constitué de plusieurs éléments, dont un en particulier paraissait suspicieusement plus lourd que d’autres ; il venait de découvrir le dioxyde de carbone et, bien qu’il ne réalisa jamais pleinement l’importance de sa découverte, il parvint à l’isoler et, de facto, créa l’eau gazeuse que vous dégustez en ce moment.

Je pars du principe que vous lisez ce blog en buvant une eau minérale mais, soyons honnêtes, dans le fond je n'y crois pas une seconde.
Je pars du principe que vous lisez ce blog en buvant une eau minérale mais, soyons honnêtes, dans le fond je n’y crois pas une seconde.

À terme, les recherches de Priestley aboutirent à la découverte de huit types de gaz, dont l’oxygène, le gaz hilarant et le gaz carbonique. Ce qui est un beau pas en avant pour quelque chose qu’on avait désigné sous la dénomination fourre-tout de « air » pendant des siècles.

Le Temps, c’est de la mousse

Samedi prochain, la brasserie du Temps organise un brassin public. Une bonne occasion d’aller faire un tour dans la riante bourgade de Treytorrens (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est entre Bollion et Champtauroz) rencontrer Anne-Christine Gugler et Julien Barrière, visiter leur installation et goûter une de leurs (nombreuses) bières. Les beer geeks ont pu faire leur connaissance cette année notamment au Echec&Malt festival ou dans une des dégustations organisées par la Cave à Bières à Yverdon. On les retrouve aussi à la carte au PiBar et à la Bossette. En 2016, ils seront au FestiPiousse.

Julien et Anne-Christine se sont rencontrés lors d’une rencontre (c’est logique) de brasseurs amateurs. Tous deux faisaient déjà leurs bières de leurs côté, ils ont décidé de mettre leurs forces ensemble, comme dans les contes de fées si les fées buvaient de la bière. Ils affirment que c’est leur complémentarité qui fait leur force. Anne-Christine  est ingénieure en microtechnique, Julien a un CFC de mécanicien de précision. Leur installation est pratiquement entièrement « faite main ». Plutôt bien apparemment, puisqu’elle a également déjà servi pour des collaborations ou pour des « sans brasserie fixe ».

 

 

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Ce moment gênant où ta photo refuse de se mettre dans le bon sens

Ils peuvent actuellement brasser jusqu’à 160 litres par jour mais sont en train de doubler leur capacité – du coup, je n’ai pas fait de photos quand je suis allé leur rendre visite, mais en gros, ça ressemble à une petite brasserie en pleine croissance. Ils ont transformé une partie d’une ancienne ferme, avec notamment une salle de bains qui sert de salle de nettoyage et, comme le veut la coutume, ils n’ont plus beaucoup de place à disposition et des projets d’agrandissement.

La Brasserie du Temps existe officiellement depuis le 1er janvier 2015. Elle propose sept bières permanentes et 26 au total – et Julien et Anne-Christine disent avoir encore des recettes à expérimenter, avec l’aide de leur parrain de brassage belge. Même si ce hobby leur prend beaucoup de temps, deux heures par jour sept jours sur sept en moyenne, ils restent prudents, cela va rester pour eux un à côté.

Plus de renseignements sur leur site, où il y a aussi un financement participatif en cours. Et samedi, à Treytorrens (il y a un arrêt de bus juste devant leur porte, mais attention aux horaires).

Drêche russe

La bière en Russie, c’est une belle partiellement passable histoire d’amour qui débuta vers la fin du 18ème siècle, lorsque des brasseurs anglais distillèrent l’Imperial Stout pour éveiller l’intérêt de la cour du Tsar. L’idée était d’élaborer un breuvage dont la teneur en alcool était tellement élevée qu’un jour ou l’autre, les Russes finiraient presque immanquablement par la remarquer.

Car oui, à l’époque, Ivan penchait surtout pour la vodka et dès lors, bonne chance pour vous imposer dans ce marché-là avec vos gentilles mousses.

Savoir apprécier la bière requiert toute la finesse d'un palais délicat.
Savoir apprécier la bière requiert toute la finesse d’un palais délicat.

Il faut dire que l’alcool en Russie est presque perçu comme un symbole national et identitaire ; le peuple traversa chacun des grands changements qui jalonnent sa riche histoire une bouteille à la main, sa consommation l’accompagne depuis l’aube des temps, l’aidant à oublier la misère ou la morosité, générant tantôt d’incommensurables scènes de liesse populaire, tantôt de sombres tragédies plongeant toute la nation dans le deuil. C’est un peu comme si, en Suisse, on avait toujours eu Federer.

Du coup, essayez de le lui enlever ! Les mesures visant à limiter la consommation excessive, adoptées au début de la guerre par Nicolas II (qui n’avait peut-être pas très bien choisi son moment), aboutirent à la révolution russe, tandis que celles émises par Gorbatchev finirent de dissoudre le bloc de l’est. Actuellement, Poutine cherche à son tour à lutter contre l’alcoolisme en Russie, ce qui devrait donc incessamment le mener à sa perte, et le monde pourra méditer sur la leçon selon laquelle une bonne action de Poutine aura causé sa chute.

Mais revenons-en à nos houblons (j’imagine que je suis le premier à faire ce jeu de mots) ; si, au pays des Tsars, la vodka reste toujours en tête des habitudes de consommation, la bière gagna peu à peu en popularité, jusqu’à y devenir à peu près aussi répandue que sous nos latitudes. Toutefois, son commerce reçut un solide coup sur la nuque le premier janvier 2013, lorsque le gouvernement y reconnut officiellement la présence d’alcool.

Après des années d'enquête policière.
Après des années d’enquête policière.

Car avant cette date, toute boisson dotée d’un taux d’alcool inférieur à 10% était considérée comme un aliment et rangée à ce titre entre les jus de fruits et les sodas. Et oui, elles étaient statistiquement en tête des ventes des boissons non alcoolisées ; on en trouvait dans les kiosques, dans des échoppes ouvertes toute la nuit dont la loi prohibait la vente d’alcool, dans des stations-service et même dans des magasins situés à proximité des écoles.

Tout est prêt pour la collation des élèves.
Tout est prêt pour la collation des élèves.

En conséquence, les Russes se mirent à stocker chez eux, puis se rendirent compte que tout ceci prend de la place et c’est depuis lors le lent et inexorable retour à la case vodka. Mais c’était bien essayé, Angleterre !

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Denim edition

Novembre est un mois éprouvant pour l’amateur de bières. En septembre et en octobre, il y a douze événements par week-end. En novembre, il y en a moins, mais ils sont incontournables. La nuit de la fraîcheur, la semaine prochaine à Ste-Croix, et le brassin public de BFM vendredi et samedi à Saignelégier.
Au programme : des concerts, une quinzaine de bières à la pression, du manger, des tas de surprises pour les geeks, bref, j’ai déjà dit incontournable ? Je me permets d’insister. (D’autant plus que les Franches-Montagnes en automne, c’est pas dégueu non plus)

J’ai micro-interviewé Jérôme Rebetez pour l’occasion.

Brassin public « Denim edition », ça veut dire qu’il faut venir en jeans ? (Et sinon, à quoi faut-il s’attendre, ce week-end ?)

Avec une chemise en jeans et des patches c’est encore mieux…
L’an passé 220 fûts de 20 litres, 30 minutes de queue pour entrer à la brasserie …Vous avez commencé en 1997, le marché de la bière artisanale était quasi inexistant. Aujourd’hui, il est en pleine explosion. Comment voyez-vous cette évolution ?

Dans le bon sens, avec des acteurs produisant de la vraie bière artisanale et prônant notre démarche, les parts de marchés cumulées ne peuvent que grandir.

Est-ce que ça vous donne envie, par exemple de faire des bières en collaboration ?
Non , je n’y vois que peu de valeur ajoutée pour notre marque. Je n’affectionne pas tellement ce type de promotionsIl y a maintenant une quinzaine de bières dans votre gamme, plus les séries limitées, est-ce que vous avez encore envie d’expérimenter, de tenter de nouvelles choses ?

Wait and taste !