Archives mensuelles : juillet 2015

Sumer time

Dans la série « apprenez comment vos défauts ont façonné l’espèce humaine », on va se pencher aujourd’hui sur les origines de la bière, et là vous vous regardez tous d’un air gêné en vous demandant qui va prendre sur lui de me rappeler qu’on a déjà parlé de ça.

Oui mais vous pensez bien qu’il y a davantage à en dire, d’ailleurs je risque de pas mal vous bassiner avec ça ces prochains temps. Donc nous avions déjà vu que la bière était à l’origine une sorte de pain liquide qu’on ingérait à la paille, un gruau probablement pas franchement affolant si l’on se base sur les critères de notre époque. Ce qui n’empêche pas qu’on s’en est fait péter la panse pendant des millénaires avant qu’on commence à se dire qu’on pouvait sans doute faire mieux.

Et il a fallu le peuple qui bâtissait des merveilles en quantité industrielle pour arriver à ce constat.
Et il a fallu le peuple qui bâtissait des merveilles en quantité industrielle pour arriver à ce constat.

Mais évidemment, si on consommait de la bière, ce n’était pas juste pour se piquer la ruche – ça c’était juste un plus – mais plutôt parce qu’elle était relativement simple à confectionner et qu’elle se conservait bien. Mais elle offrait aussi un autre avantage : elle servait de lien social.

Ce n’est pas un hasard si la plus ancienne bière que l’on connaisse est sumérienne : les Sumériens ont formé la première civilisation reconnue au crépuscule de l’âge de pierre et la boisson n’y était pas pour rien. Retranchés à l’origine dans les montagnes de l’Iran et de la Turquie actuelle, certains de nos lointains ancêtres sont descendus dans les vallées au terme de l’ère glaciaire et y ont découvert des terres où la vie serait autrement plus simple que dans leurs grottes.

En a alors découlé un concept qui est devenu la grande tendance du moment, à savoir la sédentarisation. Il n’était plus nécessaire de parcourir jusqu’à une centaine de bornes pour ramener de quoi préparer du pain et l’abondance de gibier permettait de conserver les précieuses céréales pour établir les premières cultures. Le grain en rab était stocké dans des greniers et il devint enfin possible de brasser de la bière régulièrement en vue des repas communs, des rites religieux ou des sauteries. Au sein de la vie nomade des alentours, l’abondance de bière devint l’une des grandes promesses de la vie urbaine et, dans les cités, on en offrait volontiers aux voyageurs en espérant les voir s’établir dans le patelin pour aider la communauté.

Et comme les premiers chats domestiques veillaient au grain – littéralement – on peut imaginer que les lolcats antiques devinrent l'autre grand attrait de la civilisation.
Et comme les premiers chats domestiques veillaient au grain – littéralement – on peut imaginer que les lolcats antiques devinrent l’autre grand attrait de la civilisation.

C’est ainsi que le concept du chasseur-cueilleur entra dans le has-been et que les peuples raffinés des villes prospéraient en picolant, que ce soit pour faire la fête, pour enterrer leurs morts, pour célébrer les dieux, pour se donner du courage face à des envahisseurs, pour fêter leurs victoires face auxdits envahisseurs, pour établir des contacts diplomatiques ou simplement pour se nourrir.

« Chasser et cueillir, c'est teeeellement -10'000 ! »
« Chasser et cueillir, c’est teeeellement -10’000 ! »

Résultat, c’était la qualité des brasseries qui définissait si une ville était attrayante ou non, à tel point qu’il arrivait à de minuscules communautés de se métamorphoser en villes importantes simplement parce que la réputation de leurs bières attirait le chaland. C’était le cas notamment de Kish, petit patelin sumérien proche de Babylone, qui devint une cité densément peuplée grâce à la réputation d’une brasseuse répondant au doux nom de Kubaba, dont on se souvient comme la Reine de Kish, ou la Reine de la Bière.

Maintenant il faudrait qu'une habitante de Bière soit reconnue comme la Reine de la Quiche et la boucle serait bouclée.
Maintenant il faudrait qu’une habitante de Bière soit reconnue comme la Reine de la Quiche et la boucle serait bouclée.

Et finalement, l’importance de la bière dans la culture de nos lointains ancêtres s’essayant aux joies de la sédentarisation pousse certains archéologues à suspecter que les premières cultures n’eurent pas pour but de créer une abondance de pain, mais de bière ; le rôle social qu’elle jouait, l’identité qu’elle permit de façonner ou encore les traditions qui en découlèrent sont autant de raisons qui inclinent quelques chercheurs à penser qu’au final, ce fut la bière et non le pain qui servit de kickstarter à la civilisation. Parce que récupérer un peu de grain pour faire du pain, c’était possible un peu partout ; par contre, avoir suffisamment de réserves pour préparer de la bière demandait beaucoup plus de travail. Cela nécessitait tout un village.

Et pour terminer, la recette de la bière traditionnelle sumérienne, si vous voulez vous y essayer :

Comment dit-on bière artisanale en hébreu ?

Valérie et Christian ont découvert, lors de leurs dernières vacances et à leur grande surprise, beaucoup de bonnes bières en Israël. Je leur ai demandé de vous raconter ça :

 

 

Il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’Israël puisse être une destination intéressante pour les amateurs de bière. Je connaissais certes la réputation de fêtarde de Tel-Aviv, mais je l’imaginais plus à la sauce « sans alcool la fête est plus folle » ou au mieux, dominée par les Carlsberg-Heineken-Guiness de ce monde. Non seulement j’ai découvert qu’on y produisait des vins pas mal, quoique chers, mais également des bières artisanales se défendant bien. Il semble même y avoir une véritable révolution des bières artisanales tant l’offre est vaste! Pour le voyageur helvète, reste le problème de la langue : comment déchiffrer ces étiquettes illisibles?

Du Porters & Sons au Beer Bazaar

J’ai testé deux bars proposant une large sélection de bières artisanales, en fût et en bouteilles. Au Porter & Sons on trouve plus de 70 bières, de la triple belge à la stout anglaise, mais ce sont bien sûr les bières artisanales israéliennes qui ont piquées ma curiosité. Je retiens la Ronen « The Ugly Indian » brassée par la brasserie Srigim, une IPA à 6.5% très houblonnée et fruitée à la finale amère intense, et l’IPA de la brasserie Dancing Camel de Tel Aviv, une ale bien houblonnée au goût d’agrumes et de malt à 7.2%.Ronen - The Ugly indianDancing camel IPA

Situé dans Shuk Ha Carmel, le Beer Bazzar est ouvert en journée seulement, durant les heures d’ouverture du marché. Dans cet espace de quelques mètres carrés seulement, on propose plus de 80 bières israéliennes en bouteilles ainsi qu’une petite restauration de tapas pour caler tout cela.

Beer bazaar

Les proprios très sympas nous ont guidés dans une dégustation de quelques bières recommandées selon nos goûts. Tout d’abord, la Fat Cat Pale Ale en fût, brassée pour le Beer Bazaar par la brasserie Srigim. Une pale ale très trouble, pas trop houblonnée et légèrement sucré; plutôt rafraichissant. Ensuite, une des bières les plus populaires dans le milieu des bières artisanales à Tel Aviv, la Green de la brasserie Alexander. Cette IPA à 6.2%, somme toute assez légère avec des arômes de fruits exotiques, se boit très bien. Finalement, j’ai bu une excellente IPA, très solide à 7.2%, mais je n’arrive malheureusement plus à l’identifier. Les lecteurs connaissant l’hébreu pourrait peut-être nous venir en aide… Quelqu’un peut traduire?
2015-04-30 18.10.39