Archives mensuelles : octobre 2015

L’ordre du malt

C’est un paradoxe : le nombre de brasseries n’arrête pas d’augmenter en Suisse et les consommateurs apprécient de boire local. Mais le malt, comme le houblon, est produit ailleurs.

Mais cela va changer bientôt. Plusieurs projets existent, à Genève, dans le canton du Jura, dans le canton de Vaud, en Argovie.

Le projet genevois est opérationnel depuis deux semaines et sa première charge est prête à la commercialisation. « Nous attendons les résultats des derniers résultats des analyses qualitatives  ; nous devons préciser que nous sommes déjà très satisfaits de la qualité intrinsèque de ce premier malt produit », affirme John Schmalz, du Cercle des agriculteurs de Genève et environs. Ce projet est financé à 30% par la Confédération, dans le cadre d’un PDR (Projet de développement régional) et à 70% par la coopérative agricole. Son objectif est de « valoriser la production céréalière genevoise ». « Nous sommes en train de finaliser la labellisation GRTA (Genève Région Terre Avenir) afin que les brasseries genevoises puissent produire et commercialiser une bière à 99% genevoise et, pour les autres brasseries intéressées hors canton, il s’agit de leur fournir un malt 100% suisse », précise encore John Schmalz. Le premier malt produit est un EPC 2-4 – « nous n’avons pas le droit d’utiliser la définition de Pils- ou Pilsener en raison d’un accord entre la Suisse et la République Tchèque » – mais d’autres devraient suivre, notamment du malt de blé pour la weizen. La production est de 200 tonnes par an environ. Un autre projet existe à Soral, lancé par la brasserie du père Jakob, mais rien ne devrait bouger d’ici un à deux ans.

Image : CAG Genève
Image : CAG Genève

 

 

 

 

 

 
Le projet jurassien est porté par les jeunes et motivés brasseurs de la Blanche Pierre, à Delémont, Elena Hoffmeyer et Sandro Ettlin.  » Il s’agit de la première étape d’un processus qui vise, à moyen terme, la production d’une bière composée à 100% d’ingrédients biologiques d’origine locale. Le développement de la malterie répond à la volonté de créer un circuit de production-distribution court », ont-ils affirmé lors d’une récente conférence de presse. Ils prévoient de produire 5 à 6 tonnes de malt l’an prochain, pour eux et pour les brasseries du Nord-Ouest de la Suisse. Ensuite, ils aimeraient augmenter petit à petit cette capacité. « Nous sommes des bricoleurs, nous faisons beaucoup de choses nous même », précise Elena Hoffmeyer. Pour financer leur projet, ils ont lancé « un genre de crofoudingue, mais sans internet ». ( IBAN CH79 0078 9100 0004 4700 2 / mention „«projet malterie“», ils ont aussi une adresse mail et un numéro de téléphone pour plus de renseignements). Pour le moment, ils recherchent notamment des locaux leur permettant de concentrer toutes leurs diverses activités sur le même site. Sandro Ettlin m’a dit lors de la fête des vendanges (oui) de Moutier (si) que la phase de la recherche de fonds n’était pas franchement celle qu’ils préféraient, et Elena Hoffmeyer m’a raconté qu’il était probablement plus difficile d’être pris au sérieux avec un projet à 50 000 francs que s’ils demandaient un million.

Quant au houblon, Elena Hoffmeyer affirme que c’est « moins urgent » d’en produire : « il n’en faut que 150 grammes pour 100 litres, contre 22 kilos de malt ». La Blanche Pierre se fournit en bio et en Argovie. Elle est un peu sceptique quant à la mode actuelle du surhoublonnage, et se demande : « il y a tellement de façons de changer le goût d’une bière, pourquoi aller chercher du houblon en Nouvelle-Zélande ? Et cela tue un peu le plaisir de la découverte, quand on se trouve à l’étranger, si on utilise les mêmes houblons partout. » Mais cette plante pousse très bien en Suisse et des projets vont très certainement suivre prochainement, à l’image de ce qui se passe en France.

Cuve de trempage et tambour de germination, Image : CAG-Cercle des agriculteurs de Genève
Cuve de trempage et tambour de germination, Image : CAG-Cercle des agriculteurs de Genève