Archives mensuelles : novembre 2015

Drêche russe

La bière en Russie, c’est une belle partiellement passable histoire d’amour qui débuta vers la fin du 18ème siècle, lorsque des brasseurs anglais distillèrent l’Imperial Stout pour éveiller l’intérêt de la cour du Tsar. L’idée était d’élaborer un breuvage dont la teneur en alcool était tellement élevée qu’un jour ou l’autre, les Russes finiraient presque immanquablement par la remarquer.

Car oui, à l’époque, Ivan penchait surtout pour la vodka et dès lors, bonne chance pour vous imposer dans ce marché-là avec vos gentilles mousses.

Savoir apprécier la bière requiert toute la finesse d'un palais délicat.
Savoir apprécier la bière requiert toute la finesse d’un palais délicat.

Il faut dire que l’alcool en Russie est presque perçu comme un symbole national et identitaire ; le peuple traversa chacun des grands changements qui jalonnent sa riche histoire une bouteille à la main, sa consommation l’accompagne depuis l’aube des temps, l’aidant à oublier la misère ou la morosité, générant tantôt d’incommensurables scènes de liesse populaire, tantôt de sombres tragédies plongeant toute la nation dans le deuil. C’est un peu comme si, en Suisse, on avait toujours eu Federer.

Du coup, essayez de le lui enlever ! Les mesures visant à limiter la consommation excessive, adoptées au début de la guerre par Nicolas II (qui n’avait peut-être pas très bien choisi son moment), aboutirent à la révolution russe, tandis que celles émises par Gorbatchev finirent de dissoudre le bloc de l’est. Actuellement, Poutine cherche à son tour à lutter contre l’alcoolisme en Russie, ce qui devrait donc incessamment le mener à sa perte, et le monde pourra méditer sur la leçon selon laquelle une bonne action de Poutine aura causé sa chute.

Mais revenons-en à nos houblons (j’imagine que je suis le premier à faire ce jeu de mots) ; si, au pays des Tsars, la vodka reste toujours en tête des habitudes de consommation, la bière gagna peu à peu en popularité, jusqu’à y devenir à peu près aussi répandue que sous nos latitudes. Toutefois, son commerce reçut un solide coup sur la nuque le premier janvier 2013, lorsque le gouvernement y reconnut officiellement la présence d’alcool.

Après des années d'enquête policière.
Après des années d’enquête policière.

Car avant cette date, toute boisson dotée d’un taux d’alcool inférieur à 10% était considérée comme un aliment et rangée à ce titre entre les jus de fruits et les sodas. Et oui, elles étaient statistiquement en tête des ventes des boissons non alcoolisées ; on en trouvait dans les kiosques, dans des échoppes ouvertes toute la nuit dont la loi prohibait la vente d’alcool, dans des stations-service et même dans des magasins situés à proximité des écoles.

Tout est prêt pour la collation des élèves.
Tout est prêt pour la collation des élèves.

En conséquence, les Russes se mirent à stocker chez eux, puis se rendirent compte que tout ceci prend de la place et c’est depuis lors le lent et inexorable retour à la case vodka. Mais c’était bien essayé, Angleterre !

Denim edition

Novembre est un mois éprouvant pour l’amateur de bières. En septembre et en octobre, il y a douze événements par week-end. En novembre, il y en a moins, mais ils sont incontournables. La nuit de la fraîcheur, la semaine prochaine à Ste-Croix, et le brassin public de BFM vendredi et samedi à Saignelégier.
Au programme : des concerts, une quinzaine de bières à la pression, du manger, des tas de surprises pour les geeks, bref, j’ai déjà dit incontournable ? Je me permets d’insister. (D’autant plus que les Franches-Montagnes en automne, c’est pas dégueu non plus)

J’ai micro-interviewé Jérôme Rebetez pour l’occasion.

Brassin public « Denim edition », ça veut dire qu’il faut venir en jeans ? (Et sinon, à quoi faut-il s’attendre, ce week-end ?)

Avec une chemise en jeans et des patches c’est encore mieux…
L’an passé 220 fûts de 20 litres, 30 minutes de queue pour entrer à la brasserie …Vous avez commencé en 1997, le marché de la bière artisanale était quasi inexistant. Aujourd’hui, il est en pleine explosion. Comment voyez-vous cette évolution ?

Dans le bon sens, avec des acteurs produisant de la vraie bière artisanale et prônant notre démarche, les parts de marchés cumulées ne peuvent que grandir.

Est-ce que ça vous donne envie, par exemple de faire des bières en collaboration ?
Non , je n’y vois que peu de valeur ajoutée pour notre marque. Je n’affectionne pas tellement ce type de promotionsIl y a maintenant une quinzaine de bières dans votre gamme, plus les séries limitées, est-ce que vous avez encore envie d’expérimenter, de tenter de nouvelles choses ?

Wait and taste !

And the winner is… connais pas

Si vous êtes ici, il y a de bonnes chances pour que la bière ne vous soit pas un domaine complètement obscur. Aussi, plutôt que d’aborder les poncifs de ce sujet que vous maîtrisez certainement mieux que moi (« connaissez-vous la Westmalle ? »), nous allons plutôt nous intéresser à des faits ignorés et des breuvages méconnus, comme par exemple la marque la plus vendue au monde.

Ceci est la Snow Beer, la bière la plus écoulée sur la planète en terme de quantité. En 2012, on en consommait chaque jour de quoi remplir douze piscines olympiques, sans qu’elle n’ait jamais à quitter ses frontières ; uniquement brassée en Chine, elle ne s’adresse qu’à son propre bassin de consommateurs, largement assez conséquent pour en faire le leader mondial.

Comme on peut le voir sur cette subtile métaphore
Comme on peut le voir sur cette subtile métaphore

La marque appartient conjointement à SABMiller et à China Resources Entreprise. Fondée en 1994, elle comptait alors deux brasseries, ensuite de quoi elle connut une expansion similaire à celle du pays en lui-même, qui lui vaut aujourd’hui de posséder plus de 90 brasseries à travers le territoire chinois. Contrairement à sa dauphine la Tsingtao, elle n’a jamais cherché à quitter ses frontières, ce qui ne l’empêche pas d’être à peu près deux fois plus consommée.

Graphique

Et c’est apparemment sa seule particularité ; ceux qui y ont goûté décrivent une breuvage quelconque et sans surprise, très comparable à la pression que vous trouvez au rade juste en bas de chez vous. Elle-même n’a du reste pas la prétention d’être exceptionnelle, puisqu’on peut y lire la phrase « relax, it’s fine » sur l’étiquette.

L’année passée toutefois, la marque connaissait sa première baisse en dix ans, avec une chute de 1% dans les ventes. La raison en est que les consommateurs, après des années de Snow, commencent à s’intéresser à cette insignifiante chose que l’on appelle le « marché de la bière ». Les brasseries artisanales éclosent autour de certaines grandes villes tandis que l’importation de marques européennes profite d’une petite hausse.

C’est sûr qu’après 20 ans à consommer toujours la même bière bon marché, on doit avoir le palais gentiment prêt à tester autre chose.

Le club des zincs

Ça bouge dans le petit monde brassicole romand. Je te parle vite fait de deux initiatives bien sympathiques.

A Yverdon, Mark Borden a lancé avec d’autres amateurs de bière la « guilde des décapsuleurs ». En gros : des dégustations, des visites de brasseries, pour commencer, et plein d’autres projets ensuite, selon les envies des membres, environ tous les deux mois. Il imagine par exemple des dégustations centrées sur un type précis de bière. Ou même, pourquoi pas, un voyage vers la Belgique. S’il est un des initiateurs du projet, « ce que nous allons en faire dépendra un peu de qui le rejoindra », explique-t-il. Il n’a pas envie d’un club où les organisateurs sont les seuls à faire des propositions, mais d’une véritable plateforme d’échange. Une quarantaine de personnes se sont déjà montrées intéressées, preuve qu’il y a de la demande pour ce genre d’idées.Plus d’infos sur la page Facebook de la Cave à bières.

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On trouve des choses terrifiantes quand on tape « Décapsuleur » dans Google Images. Source: leboncoin.fr

 

Et puisqu’on parle de Facebook, un autre club  qui y est né, mais qui en est déjà largement sorti. Ça s’appelle « Swiss Home Brewers // Brasseurs amateurs suisses« . Un groupe lancé par Richard Soden, un brasseur amateur. Il s’agit, à la base, de s’échanger des astuces entre brasseurs, petits, moyens et grands, de se donner des coups de mains, de s’échanger du malt, des bouteilles, à l’image de ce qui existe déjà largement aux USA – et pour l’observateur non brasseur que je suis, de se réjouir de l’esprit convivial et de l’immense solidarité qui règne entre les différentes brasseries. Richard pensait réunir une dizaine de personnes à Lausanne, il en est à 40 dans toute la Suisse romande. Les échanges ont déjà débouché sur une rencontre, cet été, d’autres sont prévues ainsi que des visites de différentes brasseries. Un projet est né de la première rencontre : l’organisation de compétitions amicales. A partir d’un même moût, chacun ajoute ses houblons, ses levures et une bonne dose de savoir-faire puis on se retrouve pour faire goûter le résultat, et c’est surtout cette étape qui est importante : « C’est important d’avoir l’avis des autres. C’est assez facile faire de la bière, c’est plus difficile d’en faire une bonne. Les amis et la famille sont toujours étonnés de boire les bières fait maison, mais c’est difficile d’avoir une opinion objective de leur part », résume Richard.

Il y a même un t-shirt officiel du club
Il y a même un t-shirt officiel du club

M’est avis que tout cela devrait déboucher (plop) sur d’autres projets passionnants.