Archives pour la catégorie Interview

Denim edition

Novembre est un mois éprouvant pour l’amateur de bières. En septembre et en octobre, il y a douze événements par week-end. En novembre, il y en a moins, mais ils sont incontournables. La nuit de la fraîcheur, la semaine prochaine à Ste-Croix, et le brassin public de BFM vendredi et samedi à Saignelégier.
Au programme : des concerts, une quinzaine de bières à la pression, du manger, des tas de surprises pour les geeks, bref, j’ai déjà dit incontournable ? Je me permets d’insister. (D’autant plus que les Franches-Montagnes en automne, c’est pas dégueu non plus)

J’ai micro-interviewé Jérôme Rebetez pour l’occasion.

Brassin public « Denim edition », ça veut dire qu’il faut venir en jeans ? (Et sinon, à quoi faut-il s’attendre, ce week-end ?)

Avec une chemise en jeans et des patches c’est encore mieux…
L’an passé 220 fûts de 20 litres, 30 minutes de queue pour entrer à la brasserie …Vous avez commencé en 1997, le marché de la bière artisanale était quasi inexistant. Aujourd’hui, il est en pleine explosion. Comment voyez-vous cette évolution ?

Dans le bon sens, avec des acteurs produisant de la vraie bière artisanale et prônant notre démarche, les parts de marchés cumulées ne peuvent que grandir.

Est-ce que ça vous donne envie, par exemple de faire des bières en collaboration ?
Non , je n’y vois que peu de valeur ajoutée pour notre marque. Je n’affectionne pas tellement ce type de promotionsIl y a maintenant une quinzaine de bières dans votre gamme, plus les séries limitées, est-ce que vous avez encore envie d’expérimenter, de tenter de nouvelles choses ?

Wait and taste !

10 000

Philippe « Bov » Corbat est un amateur de bière, disons, très endurant : il vient de passer le cap de la 10 000e. Il a commencé (comme nous tous) par un voyage en Belgique, il y a 27 ans, durant lequel il a testé plein de bières différentes. Il les a toutes notées dans un petit calepin. Puis il a continué mais a remplacé le petit calepin par un site internet.
Aujourd’hui, le site, le blog et la page Facebook de Bov sont des références, et pas seulement en Suisse – il a d’ailleurs été membre du jury au mondial de la bière à Montréal en 2012.

Je l’avais déjà interviewé il y a quelques années pour le journal pour lequel je bosse (je te laisse chercher, c’est en lien sur son site), mais je lui ai posé quelques nouvelles questions :

bov_pic2

 

Est-ce qu’il faudra 27 ans pour passer le cap des 20’000 ?
Mon dieu, j’espère pas ! Ça signifierait que l’accès à de nouvelles bières deviendra difficile d’ici peu, ce qui me semble peu probable. Le nombre de nouvelles bières que j’ai dégustées chaque année a évolué fortement, en parallèle à la vague « craft beer ». J’arrivais à 100 par année au début puis 150 à 200 au cours des années 90, puis environ une par jour de 2000 à 2007 avant d’exploser pratiquement depuis. 2014 sera ma 6ème année avec plus de 2 par jours en moyenne, le record étant 1007 nouvelles bières en 2013. Comme j’aime bien les pronostics, je vais prétendre atteindre les 20’000 bières en 2025. J’augmenterai le rythme seulement ensuite, lorsque je serai retraité …

Comment va-t-on à la chasse à la bière ?
A mes débuts, avant tout en voyageant, par des échanges ou en recherchant des magasins et des bars spécialisés. Maintenant, c’est devenu tellement facile que je peux presque prétendre que c’est la bière qui vient au chasseur… D’un côté il y a un choix gigantesque (il m’arrive de ressortir d’un magasin sans avoir acheté toutes les nouvelles bières disponibles, chose totalement inconcevable il y a quelques années) et d’autre part j’ai la chance d’avoir acquis une réputation flatteuse qui fait que 20% de mes nouvelles bières me sont offertes par des brasseurs et des amis.

Et comment fait-on pour goûter autant de bières sans prendre trop de ventre ni rouler sous la table ?
Tout d’abord, je ne termine en aucun cas les bières qui n’atteignent pas un score au-dessus de la moyenne, mais je me contente de boire que ce qui est nécessaire pour prendre des notes correctes. Ensuite, il est clair que je dois faire attention aux quelques 300 à 350 kcal supplémentaires ingérées de cette manière… en mangeant un peu moins pendant la journée. Finalement, je me rends en salle de fitness 2x par semaine depuis 5 ans pour essayer de cacher la graisse par des muscles 😉

Est-ce qu’au bout de 27 ans de beer hunting, on ne se lasse pas ?
Étonnamment, non. Il m’arrive bien sûr d’avoir des phases (rares, en fait) où je n’ai aucune envie de prendre des notes sur une bière, mais juste de la boire sans trop réfléchir. Je dois être clairement un collectionneur dans l’âme, avec une avidité certaine d’accrocher toujours plus de victimes à mon tableau de chasse.

Il y a de plus en plus de petites brasseries en Suisse et ailleurs – n’y en a-t-il pas trop ?
Je ne pense pas que cela puisse être trop. Chaque brasserie, peu importe sa taille, participe à l’éducation de la population en leur montrant qu’il existe autre chose que de la Lager blonde. J’irais même jusqu’à prétendre que la qualité est accessoire, l’essentiel étant d’atteindre le plus de monde possible pour montrer que quelque chose de différent existe. Il y aura de toute façon une forte réduction du nombre de brasseries en Suisse (et ailleurs), d’ici quelques années. J’estime qu’en Suisse cela se passera déjà d’ici 5 à 10 ans, car nous avons la plus forte densité au monde. Actuellement, il semble que tout le monde veuille s’enregistrer comme brasserie … Le problème est que chaque brasserie rencontre un succès phénoménal et ne peut faire face à la demande. Très peu sont prêts à faire le pas pour s’agrandir et devenir professionnel ou semi-professionnel avec tous les sacrifices et risques que cela comporte. Il est également difficile de rester à l’équilibre, car il est très frustrant de faire face à des stocks constamment épuisés et à des clients impatients. Une des clefs qui va définir le marché Suisse des prochaines années sera la capacité d’une brasserie dite « craft » de pouvoir s’agrandir et devenir une brasserie de taille régionale (Doppelleu par exemple ?). La volonté de Carlsberg et d’Heineken de rester présents dans un marché se réduisant chaque année et comportant de gros coûts de production sera également déterminante.

Parmi les bières que tu as goûtées, pourrais-tu me citer la meilleure, la pire, la plus exotique, la plus étonnante ?
La plus étonnante: probablement la Gotlandsdricke. C’est un style de bière traditionnel provenant de l’île suédoise de Gotland. Ils existaient quelques versions commerciales dans les années 90, mais depuis, c’est avant tout produit par des homebrewers de l’île. C’est fait à base de genièvre et de seigle, fumé et assez fort (8 à 10%). Le goût est franchement étonnant …

La meilleure: J’aime citer une phrase d’un auteur inconnu que j’ai lue il y a plusieurs années: « Celui qui a une bière préférée n’aime pas vraiment la bière ». Il y a beaucoup trop de bières fantastiques à travers le monde pour en sortir une du lot. Mais … comme mon système de notes en met effectivement une devant toutes les autres, je vais la citer. C’est la Pannepot Reserva de la brasserie belge Struise. Je n’ai franchement aucune idée si je la remettrais si haut en la dégustant à nouveau, mais comme elle a été également ma bière numéro 5000, ça fait une deuxième raison d’en parler …

La plus décevante: Il fallait absolument que je cite la Cordée Brune de la brasserie française les Brasseurs Savoyards. Censée être un Porter titrant à 10%, environ un tiers de la bouteille était constitué de chocolat pratiquement solide et ils nous a fallu (heureusement que je n’étais pas seul) 15 bonnes minutes pour contrôler le fou rire qui nous a pris en voyant l’aspect franchement abominable du mélange liquide/solide d’un brun écœurant qui se trouvait dans nos verres. Le goût a largement été au niveau abyssal de l’aspect avec un taux d’acide lactique et une aigreur absolument insoutenable … Alors décevante, non, mais inoubliable et abominable, oui !

La plus rare: une Pils (semi-officielle) de la BFM en 2002 me vient spontanément à l’esprit. Le premier et sans doute dernier essai de Jérôme avec une levure à basse fermentation.

La plus exotique: Sans doute la Hunter de la brasserie Crown au Bangladesh. J’ai eu la chance de l’obtenir par un ami et chasseur de bières suédois qui a du parlementer ferme (ainsi que débourser l’équivalent de deux semaines de salaire d’un Bengali moyen) pour s’en procurer. A cette époque, la brasserie en question avait de sérieux problèmes avec les autorités religieuses locales et non seulement leurs bières étaient plus ou moins illégales, mais un petit autocollant avec «  »Non alcoholic beverage » était collé sur leurs cannettes. Non seulement la bière n’avait en aucun cas les caractéristiques d’une bière sans alcool, mais en grattant l’autocollant, on pouvait découvrir « 4% » inscrit en dessous …

Un kilomètre à pied, ça use, ça use

Monika Saxer est guide de randonnée et amatrice de bière. Je vous en avais déjà parlé ici. Son guide « Randos Bière en Suisse » vient de sortir en français, aux éditions Helvetiq. Je le veux bien pour Noël, merci.

Tu me connais, je n’ai pas résisté à l’envie de poser quelques questions à Monika Saxer.

Comment vous est venu cette idée d’allier bières et randonnées?
J’ai toujours aimer me promener, déjà enfant. Plus tard, je suis devenue membre du Club Alpin, où je suis guide. Après une rando, c’est agréable d’aller au restaurant avec un groupe et de boire un verre avant de rentrer à la maison. Quand les premières micro-brasseries de Suisse ont ouvert à Bâle et Wädenswil, je me suis promenée dans ces régions et j’ai goûté leurs bières. Puis le nombre de brasseries n’a cessé d’augmenter. J’ai décrit sur mon site Internet des randonnées que l’on pouvait associer à des dégustations. Les éditions Helvetiq m’ont proposé d’en faire un livre.

Commencez-vous par choisir un itinéraire avant de chercher une brasserie à proximité, ou au contraire, cherchez-vous les balades en fonction des bières ?
Il y a un registre des fabricants de bière inscrits à l’Administration fédérale des douanes. A partir de cette liste, je cherche sur Internet des informations sur les heures d’ouverture des brasseries, ou sur les restaurants qui les proposent. Ensuite, j’étudie les cartes de randonnée pour trouver une belle route.

Vous avez concocté quelques nouvelles randonnées en Suisse romande exprès pour l’édition française du livre. Y a-t-il un Röstigraben en ce qui concerne la bière ?
Non, je n’ai pas constaté de différences dans ce domaine entre les différentes régions de Suisse.

Et que préférez-vous après une promenade, quel type de bière ?
Quand j’ai vraiment soif, j’apprécie une Pils ou une Weizen.

Au fait, est-ce bien sain de boire de la bière quand on marche ?
La bière est saine, si on n’en boit pas trop !
 

La Nébuleuse aux idées claires

A la base, je voulais faire un article sur des brasseries qui se lancent. Une n’a jamais répondu à mes e-mails, une autre m’a répondu « on n’est pas très internet ». Et une troisième a immédiatement été enthousiaste (même si se donner rendez-vous a pris un peu de temps). Anecdotique ? Pas tant que ça, en fait. C’est un des signes de la détermination des jeunes brasseurs de la « Nébuleuse » à Lausanne.

logoLe rendez-vous n’a pas été fixé dans leurs locaux du Flon, ni à Villars-Ste-Croix, où ils brassent leurs bières dans les installations de « La Buse » en attendant peut-être de prendre leurs propres quartiers, mais dans un des bars lausannois qui sert ces bières pleines de caractère. En quelques mois, la Nébuleuse a déjà réussi à s’implanter dans de nombreux bars et commerces spécialisés, elle brasse même une bière exprès pour « La Grenette », le bar temporaire qui s’est installé à La Riponne jusqu’en octobre. Bref, tout se passe très vite pour cette Nébuleuse. Deux des brasseurs travaillent déjà à 100%, le troisième devrait les rejoindre à la fin de son service civil.

10505032_1403552403202969_1146069649841733741_o
J’ai bu une Namur Express avec Jérémy, le spécialiste en communication de La Nébuleuse.

Vos bières sont déjà très abouties alors que la brasserie est très jeunes, comment est-ce possible ?
Nous brassons depuis quatre ans dans notre cuisine, pour faire plaisir à nos amis. Nous sommes trois amis d’enfance. Nous avons toujours été passionnés par les bonnes bières et nous avons trouvé amusant de faire les nôtres. Nous avons appris sur le tas, même si Kouros a son certificat de brasseur. Nous avons lu des bouquins, nous avons regardé ce qui marchait aux Etats-Unis. Nous sommes trois universitaires, titulaires d’un master et peut-être que nos études nous ont fait suivre des chemins différents : nous avons une approche assez théorique, nous lisons beaucoup et nous avons une idée assez précise de ce que nous voulons faire. Par exemple, nous n’avons pas fait d’essais avant de brasser la Namur express, elle a directement ressemblé à ce que nous imaginions. Cela nous a certainement fait gagner du temps.
10464078_1393571657534377_7983705968148962385_n

Je suis dans la communication depuis cinq ans, dans le sport, c’est quelque chose que j’ai pu reprendre pour la brasserie. J’ai aussi beaucoup bossé dans des bars, dans des festivals, je connaissais déjà pas des gens à qui j’ai pu faire goûter nos bières.

Parmi ce qui vous démarque, par exemple, le fait d’associer chacune de vos bières, sur les étiquettes, avec un plat qui se marie bien avec.
Tout à fait. Mais la première chose qui nous démarque, je pense, c’est que nous mettons la qualité du produit au-dessus de tout. Il nous est déjà arrivé de balancer 200 litres de «Stirling» parce que la qualité n’était pas bonne. Nous ne sommes pas du genre à nous dire «les gens ne verront pas la différence». En terme de revenu, en terme de respect de soi-même, ça fait mal. L’autre chose que nous adorons, effectivement, c’est le food pairing, l’accord mets-bière. La bière, c’est bien de la boire tout seul, mais quand on l’associe avec le bon plat, un nouveau monde s’ouvre. En Suisse et surtout dans le canton de Vaud, c’est difficile, surtout chez les gens d’une cinquantaine d’années. La culture du vin est très forte.  Les jeunes sont plus ouverts d’esprit et tout à fait d’accord de tester.IMG_4874

Quant à nos étiquettes, nous avons choisi de les faire simples, mais très complètes : on peut y lire quels malts et quels houblons nous utilisons, par exemple.

Vous avez quatre bières dans votre assortiment, plus la «Grenette», allez-vous en produire plus ?

Notre objectif, d’ici la fin de l’année prochaine, ce serait d’avoir huit bières, quatre annuelles et quatre de saison. Toutes les recettes sont déjà prêtes. Nous devrions commencer la première bière de saison à la fin de l’année, pour Noël. Nous l’avions déjà faite l’an dernier, une Nut Brown Ale au sirop d’érable. Elle avait bien marché auprès de nos amis. D’ici deux à trois ans, nous aimerions avoir un endroit de production pur, pour les bières qui tournent, et un autre de type laboratoire pour créer des petits brassins de 100 litres. Nous en avons déjà un au Flon mais nous voulons le perfectionner. Cela nous permettrait de nous exprimer complètement, de fa10325701_1391759144382295_8198826937790539717_nire des choses complètement folles en petites quantités. Ce serait des séries limitées. Et si les consommateurs aiment vraiment, pourquoi pas l’ajouter à notre gamme. Ça crée aussi un engouement. Les gens qui aiment la bière artisanale aiment les nouveautés. Nous avons vraiment commencé comme ça. Notre première bière était une saison belge à la myrtille, nous avons balancé des myrtilles dans le fermenteur sans savoir ce qui allait se passer… La bière était violette! Mais pour une première bière elle était bonne.  Nous aimons expérimenter. Toutes nos bières sont des hybrides. Aucune n’est vraiment typée. La Namur est à cheval entre une triple et une saison. La Stirling est une California common, mais nous la houblonnons à froid, ce qui ne se fait pas normalement. La Malt Capone est une robust porter où nous rajoutons du bourbon et de la vanille. L’Embuscade est une IPA avec du blé pour redonner de la rondeur. Il y a toujours une petite touche personnelle. Nous ne voulons pas faire des copies de ce qui existe déjà.

Pas mal de brasseries se positionnent en jouant la carte régionale, vous visez plutôt un public de connaisseurs ?
L’aspect régional, artisanal, va plaire à certains clients. L’aspect technique du produit va plutôt parler aux revendeurs et aux beer geeks, à qui on ne peut pas juste vendre le fait que nous sommes régionaux. Il faut vraiment leur présenter un produit qui sorte de l’ordinaire. Nous aimerions toucher les deux. Lausanne, pour ça, est un super marché. Les gens sont ouverts.

Est-ce qu’il y a de la concurrence entre brasseurs ou est-ce que l’entente est bonne ?
Des précurseurs comme BFM ou Docteur Gab’s, qui ont osé se lancer à une époque où on disait « la bière, c’est pas ça, la bière, c’est de la Feldschlösschen » ont eu du courage de faire ça, et nous avons du respect. Nous avons envie de développer la culture régionale et locale, tous ensemble contre les gros producteurs. C’est ce que nous avons envie de mettre en place. Pour l’instant, nous avons l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de relations officielles entre brasseurs. Nous achetons parfois du houblon chez BFM, nous lavons nos fûts chez Boxer ou allons nous approvisionner en gaz chez Docteur Gabs, ça arrive souvent. Nous avons aussi acheté malt et houblon avec la brasserie du Salève.

Vous utilisez d’ailleurs les locaux de la brasserie Buse, à Villars-Ste-Croix.
10173572_1389906347900908_713991881495646285_n
Oui. Alex a été super sympa de nous accueillir, nous n’aurions pas eu les moyens d’acquérir de telles installations. Cela nous a permis une continuité dans nos brassins. Avant, nous faisions nos bières de façon artisanale, en contrôlant la température au thermomètre, ça ne va pas. En plus, il nous a donné plein de bons conseils. Mais nous arrivons au maximum de capacité. Nous avons commencé en février, nous faisions des brassins de 700 litres. Nous en sommes à 7000 litres par mois. Si nous voulons continuer dans cette dynamique, nous devrons trouver une solution. Nous recherchons des fonds pour développer la brasserie.

D’autres projets ?
On pourrait par exemple imaginer un labo où les gens pourraient venir brasser, sous notre supervision pour que le résultat soit buvable. Et nous aimons bien tout ce qui est communautaire. C’est un peu la définition de la nébuleuse: la bière est au centre et tout le reste gravite autour. Des gens qui viennent nous chercher pour une bière spéciale comme « la Grenette », des amis artistes qui viennent faire un concert à la brasserie, d’autres qui sont intéressés par le caractère technique du brassage. Nous avons aussi envie de faire des bières collaboratives avec d’autres. Bad Attitude l’a fait avec Nøgne ø, BFM avec pas mal de brasseurs, mais entre Suisses, je n’ai pas l’impression que ça se soit fait. Nous aimerions développer ça. Chacun amène quelque chose et ça permet de se rencontrer. Et nous avons un projet avec l’EPFL pour des levures spéciales.C’est à l’état embryonnaire pour le moment, mais nous avons rencontré des gens dont les levures, pas forcément de bières, sont la spécialités et qui sont intéressés. Ils sont en train d’y travailler, alors que tout est parti autour d’une discussion autour d’un verre de bière. Idéalement, nous aimerions pouvoir contrôler toute la chaîne de production, faire notre propre malt, notre propre houblon.

 

La Nebuleuse_poster Biere3

Non, n’aie pas peur, viens voir le docteur

Un peu de copinage pour débuter ce site, mais pas que : la brasserie Docteur Gab’s est arrivée à La Claie-aux-Moines en septembre 2012, elle a déjà dû agrandir ses installations depuis. En 2013, elle brassait 1300 hectolitres, cela devrait monter à près de 2000 en 2014. La brasserie a été fondée en 2001 à Jouxtens-Mézery, elle s’est installée quelques années plus tard à Epalinges, dans une vieille bâtisse transformée en brasserie. Avec son nouveau déménagement, elle est définitivement passée pro. Aujourd’hui, après des années à brasser en guise de hobby, les trois fondateurs vivent aujourd’hui de leur bière.

brasseurs_low

J’ai donc été boire une Chameau avec Reto Engler, le responsable de la communication de Docteur Gabs.

La brasserie a débuté par un kit de brassage offert pour les 16 ans de Gabriel par sa sœur. Mais à 16 ans, c’est rare d’aimer la bonne bière…
C’est vrai que nous avons commencé un peu par hasard, à cause de ce kit. C’était amusant de créer un produit, les étiquettes, les bouteilles, développer l’entreprise. En ce qui me concerne, avant 17 ans, je n’aimais pas du tout la bière, même pas celle que nous faisions. C’est venu petit à petit. Notre intérêt pour les bières spéciales s’est vraiment développé sur le tas, en faisant nos expériences, en goûtant à gauche à droite. Gabriel et David étaient un peu plus connaisseurs et se disaient « il n’y a pas ce que nous cherchons sur le marché, donc nous allons le faire nous mêmes ». En 2001, il y avait beaucoup moins de brasseries qu’aujourd’hui, ça veut dire que c’était aussi plus difficile de trouver de la littérature et des matières premières.

Aujourd’hui, la Gab’s se trouve dans pas mal de bars, de magasins, dans tout le canton de Vaud, ainsi que dans les restaurants Holy Cow à Genève et Zurich, comment faites-vous pour démarcher ?
Contrairement à des plus grandes brasseries comme BFM ou Trois-Dames, qui passent par des distributeurs, nous faisons tout nous même. C’est plus compliqué, mais ça permet de mieux contrôler la chaîne. Ça nous permet d’avoir un discours vraiment authentique. Quant à Holy Cow, qui sera d’ailleurs présent pour notre prochaine journée portes ouvertes le 17 mai,être présent chez eux nous a permis de pas mal augmenter nos volumes. Ils ont ouvert leur premier restaurant avec alcool, place Bel-Air, pile au moment où nous étions en pleine phase de développement, ça tombait bien.

remplissage

Aujourd’hui, de plus en plus de bars proposent quelques bières artisanales, pas simplement de la mauvaise pression.
Cela reflète selon moi une évolution assez générale. Les gens veulent des bons produits, si possible locaux, et de la diversité. Personne ou presque ne commande pas un verre de vin sans se demander de quel cépage il s’agit, la même culture commence à exister dans la bière.

Par rapport à d’autres brasseries, Docteur Gabs est un peu « sage ». Vous proposez tout de même cinq bières de base et quatre saisonnières, mais on reste dans des choses assez classiques. Un choix définitif ?
produit_fini
Il y a, premièrement, une raison historique. Nous avions envie de développer des bières qui nous plaisaient et nous avions plutôt envie d’expérimenter des choses assez classiques. D’autre part, les quelques essais un peu plus fantaisistes, genre bière courge-mangue (je ne sais pas pourquoi nous avons eu cette idée, je crois que c’était à cause d’une action au magasin…) ou bière à l’aspérule odorante, ne se sont pas révélés très réussis. Ça ne nous a pas vraiment motivés à persévérer. Et puis nous avons travaillés certains produits pour qu’ils soient aboutis. Aujourd’hui, nous essayons de rester cohérents, pour des raisons logistiques et pour que le client s’y retrouve. Quand nous brassions vraiment « maison », nous avions une dizaine de bières, un peu tout et n’importe quoi. Quand nous avons déménagé à Epalinges en 2004, nous avons commencé à vendre à quelques bars, plus seulement à notre entourage. Cela nous contraignait à assurer une certaine constance et une certaine production. Nous nous sommes donc concentrés sur les trois bières que nous maîtrisions le mieux, Houleuse, Tempête et Ténébreuse, plus les bières de saison pour se faire plaisir. Nous avons ajouté la Chameau un peu plus tard, et la Pépite à notre arrivée à la Claie-aux-Moines.

Une de vos particularités est d’être très présents sur les réseaux sociaux, notamment Twitter. C’est un gadget ou c’est important ?
Pour nous, être une brasserie régionale, ça veut dire avoir un contact avec les gens. En étant une toute petite brasserie, le contact était très direct. Aujourd’hui, les gens peuvent toujours venir à la brasserie ou au marché le samedi matin mais forcément, ce contact devient de moins en moins direct. La communication est donc pour nous un moyen de garder ce contact. Les réseaux sociaux ne sont pas juste une vitrine, nous aimons avoir unaccueil échange, répondre aux gens. Pour ça, Twitter marche mieux que Facebook, peut-être parce que ça attire des gens un peu plus geeks, un peu plus curieux. Et les journées portes ouvertes nous permettent aussi ce contact. Nous n’en faisions qu’une fois par année autrefois, nous sommes passés à quatre, cela permet aux gens qui s’intéressent à la brasserie de venir nous voir, se rencontrer. C’est pour ça que nous essayons d’en faire un évènement festif, avec de la musique, quelque chose à manger.