Archives pour la catégorie Portrait (en pied (de verre))

Négocier son Virage

Par une belle après-midi d’automne, je suis allé visiter la Brasserie du Virage. Elle est facile à trouver, elle est située dans un virage.

img_20161115_140024
Bon sur cette photo, ça ne se voit pas

Il se trouve à Sacconex d’Arve, sur la commune de Plan-les-Ouates, quelque part dans la campagne genevoise, pas très loin du pied du Salève. Elle partage ses locaux avec la distillerie du Sacconnex-d’Arve, un endroit très oecuménique où on trouve de l’eau-de-vie, de la bière et même du vin.

La brasserie du Virage, c’est aussi une de celles qui ont la cote en ce moment. Elle n’existe pourtant que depuis avril 2015, mais les brasseurs faisaient déjà des bières pour les copains ensemble, « dans une grande maison », depuis des années avant de se lancer. « Nous avions envie de faire des bières qui nous plaisaient et que nous ne trouvions pas dans la région », m’a expliqué Jonas. Ce qui ne les empêche pas d’être ambitieux : ils sont aujourd’hui cinq, dont quatre qui consacrent trois jours par semaine à la brasserie, et l’objectif avoué c’est de pouvoir en vivre à plein temps. « Pour grandir, le problème principal, ce n’est ni la production ni la vente, mais la place », affirme Jonas.

img_20161115_143016

L’an prochain, l’objectif du Virage sera de trouver une certaine stabilité. Ca veut dire qu’il n’y aura plus de numéros sur leurs bouteilles. La pale ale 11, par exemple, c’était la onzième recette différente de pale ale qu’ils essayaient. Cette phase d’expérimentation va se terminer. Ce qui ne veut pas dire que les brasseurs du Virage vont arrêter de faire des essais. (J’ai d’ailleurs une photo qu’on m’a demandé de ne pas publier (je dis ça pour me vanter) avec deux-trois trucs que je me réjouis bien de goûter). Et vu qu’ils ont leurs locaux dans une distillerie, ils ont accès à des fruits et à des fûts dont il n’est pas impossible qu’ils fassent quelque chose. Et ça ne veut pas dire non plus qu’ils vont changer de philosophie : « Nous ne faisons que des bières que nous avons envie de boire. »

Oecuménisme
Oecuménisme

Et si vous voulez goûter leurs bières et rencontrer l’équipe, il faut aller à la brasserie le jeudi de 18h à 20h (il y a un bus qui s’arrête juste devant).

 

Le Temps, c’est de la mousse

Samedi prochain, la brasserie du Temps organise un brassin public. Une bonne occasion d’aller faire un tour dans la riante bourgade de Treytorrens (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est entre Bollion et Champtauroz) rencontrer Anne-Christine Gugler et Julien Barrière, visiter leur installation et goûter une de leurs (nombreuses) bières. Les beer geeks ont pu faire leur connaissance cette année notamment au Echec&Malt festival ou dans une des dégustations organisées par la Cave à Bières à Yverdon. On les retrouve aussi à la carte au PiBar et à la Bossette. En 2016, ils seront au FestiPiousse.

Julien et Anne-Christine se sont rencontrés lors d’une rencontre (c’est logique) de brasseurs amateurs. Tous deux faisaient déjà leurs bières de leurs côté, ils ont décidé de mettre leurs forces ensemble, comme dans les contes de fées si les fées buvaient de la bière. Ils affirment que c’est leur complémentarité qui fait leur force. Anne-Christine  est ingénieure en microtechnique, Julien a un CFC de mécanicien de précision. Leur installation est pratiquement entièrement « faite main ». Plutôt bien apparemment, puisqu’elle a également déjà servi pour des collaborations ou pour des « sans brasserie fixe ».

 

 

20151127_144101
Ce moment gênant où ta photo refuse de se mettre dans le bon sens

Ils peuvent actuellement brasser jusqu’à 160 litres par jour mais sont en train de doubler leur capacité – du coup, je n’ai pas fait de photos quand je suis allé leur rendre visite, mais en gros, ça ressemble à une petite brasserie en pleine croissance. Ils ont transformé une partie d’une ancienne ferme, avec notamment une salle de bains qui sert de salle de nettoyage et, comme le veut la coutume, ils n’ont plus beaucoup de place à disposition et des projets d’agrandissement.

La Brasserie du Temps existe officiellement depuis le 1er janvier 2015. Elle propose sept bières permanentes et 26 au total – et Julien et Anne-Christine disent avoir encore des recettes à expérimenter, avec l’aide de leur parrain de brassage belge. Même si ce hobby leur prend beaucoup de temps, deux heures par jour sept jours sur sept en moyenne, ils restent prudents, cela va rester pour eux un à côté.

Plus de renseignements sur leur site, où il y a aussi un financement participatif en cours. Et samedi, à Treytorrens (il y a un arrêt de bus juste devant leur porte, mais attention aux horaires).

Au grain d’Orge fête ses dix ans

(Je n’étais pas très inspiré pour le titre)

 

« Au grain d’orge Crissier » fête ses dix ans cette année. Je suis allé y faire un tour vendredi, histoire de déguster une cuvée Grand Cru des regrettés Faiseurs de Bière et de parler houblon avec Anthony, le gérant de ce magasin quasi antédiluvien, tant le monde de la bière a changé depuis.

« Il y a dix ans, les gens ne comprenaient pas ce qu’on faisait », affirme-t-il. Au Grain d’Orge, c’était d’abord une société d’importation. Le magasin vend du whisky, du rhum et des bières, avec un rayon belge très étoffé. Celui consacré aux brasseries suisses n’a cessé de grandir. « Au début, je ne travaillais qu’avec quatre brasseries. » En 2011, pour la sortie du guide des brasseries de Suisse romande, il avait eu toutes les peines du monde à organiser une soirée avec des brasseurs venus de chaque canton.

auraindorge_magasin_crissier

 

J’ai encore oublié de faire des photos, alors j’en ai volé une sur le site.

 

 

Anthony a toujours essayé de mettre en avant les produits locaux, quitte à « vendre des bières moyennes pour soutenir des brasseurs ». Il assure que c’est moins le cas aujourd’hui, « la qualité a augmenté, la Suisse n’a rien à envier à personne », même si tout ce qu’on lui propose n’est pas toujours fameux. Il profite des filiales du Grain d’orge à Courrendlin, Monthey, Moiry et Neuchâtel, « qui ont toutes une grande liberté pour leur assortiment », pour découvrir des bières venues de toute la Suisse romande, « et mon objectif est de découvrir un peu plus ce qui se fait en Suisse allemande ».

« Je n’aime pas tout ce que je vends, mais c’est mon métier de pouvoir conseiller objectivement mes clients », résume Anthony, dont la formation le destinait plutôt au monde du vin, mais qui préfère la bière pour son côté plus populaire. Il constate que les « beer geeks », à la recherche de la dernière nouveauté ou du produit spécial, ne sont de loin pas la majorité et que la plupart des consommateurs connaissent assez peu la bière artisanale. En dix ans, le nombre de magasins spécialisés a également augmenté, « mais ce ne sont pas des concurrents, nous ne nous tirons pas la bourre. Il y a une émulation, ça me force à rechercher la nouveauté ».

Parmi les brasseries qu’il cite en exemple : BFM, les précurseurs, « qui ont mis du temps à vraiment s’imposer », Dr Gabs, « qui s’est consolidé petit à petit, en prenant son temps et la Nébuleuse, « qui a au contraire vécu un décollage rapide, grâce à des produits très réussis. Ils ne se contentent pas de mettre des houblons spéciaux, comme d’autres. Ce n’est pas ça qui fait une bière. »

Le programme concocté pour les dix ans est plutôt sympathique, avec notamment l’inauguration d’une St Bon Chien vieillie dans les fûts de rhum du Grain d’Orge. L’occasion, donc, d’aller fureter dans les rayons de ce magasin. Même s’il y a beaucoup, beaucoup plus d’autres événements qu’il y a dix ans.

 

Des mines et du malt

Chaque mois, le nombre de brasseries en Suisse augmente. Frédéric Guerne, le brasseur de la « Courtysane » à Courtelary, ne colle pas vraiment à l’image que l’on pourrait se faire de ces nouveaux brasseurs.

Déjà parce que, il l’avoue, il n’était pas vraiment un grand amateur de bières quand il a décidé de se lancer. Lui, s’il s’est mis au malt et au houblon c’est parce qu’il n’aime pas l’hiver. Dans un livre sur les savoir-faire d’antan offert par sa femme, il a découvert l’art du brassage. Et pour occuper un peu ses journées pendant un hiver particulièrement mordant, il s’y est mis.

Ensuite parce que, contrairement à bien d’autres nouveaux venus, il ne rêve pas de vivre un jour de sa bière. Il a un métier, peu habituel mais qui le passionne : Frédéric Guerne est le fondateur de l’entreprise Digger DTR, à Tavannes, qui fabrique des engins de déminage. Une profession éprouvante. Brasser lui apporte la nécessaire décompression.

Actuellement, il fait des brassins de 90 litres, toutes les six semaines. De nouvelles cuves devraient lui permettre de doubler cette capacité. Les bières de la Courtyane ne devraient, pourtant, pas se retrouver sur les rayons de votre beer-shop favori. Toute la production est en général écoulée entre deux brassins. Principalement grâce au bouche-à-oreille. Les premiers clients étaient des amis ou des proches, « il commence maintenant à y en avoir que je ne connais pas. »

Frédéric Guerne dit surtout être motivé par la passion pour la mécanique. Ingénieur de formation, il a bricolé lui-même la plupart des appareils nécessaires à la fabrication de ses bières. Des fournisseurs, avec lesquels il travaille pour Digger, le laissent utiliser des chutes de matière première et leurs installations.

Les images viennent du site www.courtysane.ch

Particularité importante de la Courtysane : Frédéric Guerne malte lui-même, à partir d’orge planté exprès pour lui par des paysans de la région. Il fait également pousser du houblon, mais ses récoltes ne lui suffisent pas pour toute sa production.

Toute la famille participe, non seulement pour embouteiller, fabriquer les étiquettes ou concevoir le site internet, mais aussi pour l’élaboration des recettes. « Ma femme et mes enfants ont plus de goût que moi », assure-t-il. La famille est également mise à contribution pour les noms des bières. A chaque fois, il s’agit de localités en rapport avec la recette. Comme la Teresina, du nom d’un ville au Brésil, pays producteur d’oranges, oranges qui parfument cette blonde. « Notre manière à nous de voyager. »

Teresina qui, d’ailleurs, et j’aurais peut-être dû commencer par là, est une bière très réussie.