Mais au fait, pourquoi ?

Cela fait maintenant quelques années que les brasseries artisanales, en Suisse comme ailleurs, ont le vent en poupe ; dans bien des bars, les innombrables bouteilles aux étiquettes méconnues ornant les présentoirs font désormais partie du décor et l’on a cessé depuis longtemps de s’y étonner du nombre de références obscures garnissant les cartes des boissons.

C’est très bien. Mais comment ça se fait ?

Quel genre de contexte faut-il pour que, dans notre mode de vie qui nous a appris que tout ce qui est artisanal se fait promptement engloutir, quelque chose de local puisse s’épanouir à l’ombre de la concurrence internationale ?

J’ai procédé à des recherches, ce qui, dans le contexte, signifie surtout que j’ai entré des mots en rapport avec le sujet sur Google et que j’ai lu une pléthore d’articles et de commentaires. Il sera intéressant d’obtenir l’avis des brasseurs, indépendants ou non, et on y reviendra quand j’aurai un peu de matière ; mais pour l’heure, voici déjà quelques points qui jouent manifestement un rôle dans le succès que rencontrent les microbrasseries.

Les grandes brasseries délaissent les amoureux de la bière

Jetons un œil, par exemple, à l’offre de Carlsberg en Suisse : alors il y a la Carlsberg, et voilà.

D’accord, j’exagère, mais vous voyez où je veux en venir ; pour le consommateur lambda, qui n’est pas un amoureux de la bière mais qui s’en met une de temps en temps derrière la cravate, l’offre s’arrête à ce qu’il trouve au supermarché et au Café de l’Union. Donc Carlsberg, c’est le machin vert avec parfois un ballon de foot dessus.

Et à terme, ledit consommateur lambda n’achète pas tant en fonction du fabricant que du type de bière ; claire ou foncée ?

L’amateur, par contre, qui décide de casquer pour s’offrir une mousse plus élaborée, n’aura même pas à choisir entre les grosses brasseries et les petites : les grosses ne proposent presque rien. L’offre que vous aurez sous les yeux dans les magasins spécialisés regorgera de noms plus ou moins inconnus qui n’appartiennent jamais aux cadors du marché.

Du moins à ma connaissance (photo : lamiseenbiere.ch).

En fin de compte, les grandes et les petites brasseries ne sont pas tant que ça en concurrence : leurs produits ne ciblent pas le même public. Lorsque les gros groupes cherchent à développer leurs activités et élaborent de nouvelles boissons, ces dernières tendent plus à vouloir conquérir la clientèle qui n’aime pas la bière que les amoureux du houblon. Arrivent alors la Mort Subite framboise, la Ève litchi, la Desperados et consorts. Et ça n’est un problème pour personne : l’amateur continuera à taper dans l’offre des microbrasseries. Et peut-être qu’aujourd’hui, les multinationales considèrent qu’il leur serait coûteux et compliqué de s’imposer dans ce marché-là. Du reste…

Les microbrasseries jouissent d’un gros capital de sympathie

Comme on disait plus haut, nous sommes aujourd’hui habitués à voir les petits poissons se faire gober par les gros et chacun tend plus ou moins à déplorer cet état de fait ; dans ce contexte, l’éclosion des microbrasseries apporte une sorte de bouffée d’air frais.

En outre, le développement de ces dernières s’inscrit en marge de la tendance « corporate », de la communication lisse et sans surprise des gros groupes, ce qui nous fait aussi un break bienvenu ; le boss de Kro siégeait peut-être au conseil d’administration de Hyundai avant d’occuper son poste actuel (je dis n’importe quoi), et les grandes brasseries nous parlent de passion et d’amour de la bière sur un ton dithyrambique, mais vous retrouvez exactement la même prose sur votre paquet de lessive.

Et peut-être que lorsqu’on est en terrasse, on préfère que l’on s’adresse à nous d’amateur à amateur plutôt que de directeur de comm’ à client. Les microbrasseries sont, logiquement, plus proches du consommateur, elles organisent des événements et participent à la fête, et l’on a l’impression d’avoir autant affaire à des potes qu’à des professionnels. Et ça n’est jamais aussi vrai lorsque…

C’est local, dedieu !

En poussant l’idée ci-dessus un peu plus loin, outre que l’on finit d’octroyer à ce billet des airs de vagues considérations de gaucho grincheux, on arrive assez logiquement dans la pensée « consommez local ».

Car bien que l’on craque volontiers pour une bière belge, écossaise où ce que vous voulez, elle a toujours une petite saveur lorsqu’elle a été brassée dans le coin ; le type qui l’a mise en bouteille, peut-être que vous l’avez déjà croisé, ou que vous avez bu un verre avec. Vous vous êtes peut-être engueulé avec lui pour une place de parking, ou avez partagé une cellule de dégrisement avec. Ça crée des liens.

Là où vous avez peu de chances de trinquer avec le CEO d’Heineken, vous pouvez sans doute nourrir la prétention de pouvoir un jour parler à celui de Bad Attitude ou des Fleurs du Malt. Et finalement, ce n’est pas grand chose, mais savoir que notre apéro du jeudi profite à quelqu’un du quartier plutôt qu’à un vaste groupe international, ça compte.

6 réflexions au sujet de « Mais au fait, pourquoi ? »

  1. Un chouette article!
    Personnellement, il m’arrive souvent d’être attiré par le design des étiquettes qui est souvent bien plus original du côté des brasseries artisanales. Je pense que c’est aussi un facteur à prendre en considération.

    1. Merci !
      Je pense aussi que les étiquettes jouent leur rôle, elles contribuent à ce côté « vivant » des petites brasseries, qui en éditent souvent de nouvelles séries lors d’occasions spéciales, parfois en faisant appel à des artistes locaux. Cela dynamise encore un peu plus la chose. Finalement, elles reflètent assez bien les bières en elles-mêmes.

  2. Dreambes, je veux pas te manquer de respect, ou te paraitre condescendant, mais franchement, pourquoi tu l’ouvre? Cette album, Wars of the roses, est plein de bonnes idées, mais c’est vrai, la piste Providence avec ses coeurs c’est mauvais et pas à sa place…et l album dans l ensemble laisse une impression de "j ai raté le c…

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