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Histoires et personnalités

Parfois, on pose une question idiote à quelqu’un qui décide de faire mentir l’adage et donne une réponse intelligente.

J’ai donc demandé « Et toi, pourquoi tu aimes la bière ? » à Alessandra Roversi, consultante indépendante (notamment pour le pavillon suisse à l’Expo Universelle de Milan 2015 et pour Slow Food Suisse), qui donne aussi des cours « bières et fromages de Suisse Romande », notamment aux Mangeurs à Genève.

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« Ma première boisson alcoolisée à 18 ans (je sais, c’est tard!) était une bière « Imperial » au Costa Rica. Une boisson certes peu artisanale mais très rafraichissante et pour le coup assez exotique pour une fribourgeoise immergée dans l’esprit « moments d’amitié » de la Cardinal. En parlant d’explorations, quelques étés plus tard je me suis d’ailleurs retrouvée dans une soirée de lancement de la Guinness en Ethiopie où j’ai appris que le goût, contrairement à ce que l’on peut penser, n’est pas le même que dans les versions européennes.

A part ces digressions dépaysantes, j’ai découvert la bière artisanale au milieu des années 2000 à travers le mouvement Slow Food en Italie qui a très rapidement accompagné le développement fulgurant des brasseries artisanales de la Péninsule en les faisant découvrir sur des stands et lors de dégustations dans ses événements comme le Salone del Gusto ou Cheese. Depuis Slow Food publie le guide de référence sur les bières artisanales en Italie
, organise des formations continues pour adultes appelées « Master of Food » sur la bière et même, à l’Université des Sciences Gastronomiques – créée par le fondateur de Slow Food – il existe un « Haut Apprentissage pour Maître Brasseur« .

Mes premières bières artisanales étaient donc les bières du Baladin de Teo Musso, chez qui j’ai très vite eu la chance de me laisser emporter dans un premier repas où chaque plat était accompagné par une bière différente. A l’époque en Suisse on ne connaissait (et encore que très peu) Jérome Rebetez de la BFM qui d’ailleurs allait régulièrement au village de Teo Musso (Piozzo, au Piémont) pour être jury d’un premier concours de brasseurs amateurs (chacun dans une grande casserole!). C’est d’ailleurs Teo Musso qui m’a parlé de la BFM pour la première fois. Depuis Baladin a fait un énorme chemin et vous pouvez d’ailleurs goûter ces bières italiennes qui étaient à l’avant-garde de la (re)naissance artisanale en exclusivité au bar « Les Trentenaires » à Fribourg !


J’aime la bière artisanale par goût pour les histoires et les personnalités: chacune des brasseries peut être décrite par des récits d’amitié et de rencontres, d’enthousiasme, de déconvenues d’indépendant ou de succès d’entrepreneurs. On aime rencontrer les auteurs derrière les breuvages, partager une « binche » ou deux, parler de leurs projets et inspirations. Acheter de la bière artisanale permet de soutenir l’économie locale, d’encourager la créativité de proximité mais aussi quelque part sans doute de se sentir d’avantage valorisé comme consommateur. C’est agréable au fond de pouvoir ramener des histoires à partager et des idées à faire passer avec son acte d’achat.

J’aime la bière artisanale pour son potentiel de produit agricole. C’est un défi d’avenir intéressant de redonner sa dimension terrienne à ce produit artisanal devenu au fond très urbain parfois. C’est pourtant une vieille histoire de céréales et d’eau et la « bière agricole » a une jolie opportunité de redonner sa place à l’agriculture et aux agriculteurs suisses par le biais d’un produit authentique sans être poussiéreux ni enfermé dans un terroir parfois trop folklorique.

La bière artisanale n’est pas une boisson d’accompagnement neutre et anodine car elle prend souvent un rôle de premier plan sur une table en faisant parler et débattre. Sur ces bonnes paroles, étanchons notre soif (de connaissance!) et à bientôt j’espère pour un « moment d’amitié »! »

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Le chant des artisans

Mais au fait, me demandai-je, c’est quoi une bière artisanale ? C’est quoi, une micro-brasserie ?
En France, le terme artisan est protégé. Ça simplifie le débat. Ça n’empêche pas certaines brasseries de produire de fausses bières régionales.
Aux Etats-Unis, une microbrasserie produit moins de 15’000 fûts par an, indique Wikipedia. Ça simplifie aussi le débat.

En Suisse, rien de bien clair.

Mais la bière artisanale est à la mode est quand quelque chose est à la mode, les gros groupes essaient de le récupérer. Là, bon, la ficelle est tellement grosse que ça ne devrait pas marcher :

NON

J’ai goûté (du bout des lèvres) cette bière soi-disant artisanale et romande. Un mot me vient à l’esprit : beurk. Les premiers avis sur Ratebeer sont pour le moins mitigés.

La « Cardoche », avant, c’était la bière des Fribourgeois. Pas très bonne, certes, mais meilleure que toutes les autres mauvaises lager parce qu’elle était d’ici. Puis en 2012, l’usine ferme est la production se fait à Rheinfelden. Les Fribourgeois ne sont pas très très contents.

Deux ans plus tard, dans son magazine malicieusement appelé « Soif [pdf] », Feldschlösschen prétend sur de longues pages que les Dzozets aiment toujours autant leur bintche du cru. Hockeyeurs, étudiants, tous sponsorisés par la marque, répètent le joli petit refrain.

Au passage, on y apprend la naissance de cette bien pâle Brunette. Brassée… en Valais.

Comme je suis un garçon curieux, j’ai tout de même posé des questions au service de presse de chez Feldschlösschen.

Vous produisez désormais une bière qualifiée d’artisanale, mérite-t-elle vraiment ce nom ?

Oui, elle mérite ce nom, pour le raisons suivantes:
  • Un brasseur et un développeur de produits, ont créé ensemble la Cardinal Brunette, bière à fermentation haute, à l’arôme malté. C’est une ale typique. La bière est le résultat de leur collaboration et de leur passion de brasser la meilleure bière pour l’entreprise Feldschlösschen. 
  • La bière est brassée en Valais, à la Brasserie Valaisanne à Sion; c’est une brasserie de petite taille et avec des installations comme celles d’une brasserie artisanale.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, au juste, une bière artisanale ?

C’est une bière brassée avec de la passion, qui a été crée par des brasseurs par passion pour leur profession et qui est consommée par des passionnés de la bière.

A quel public pensez-vous vous adresser ?

C’est une bière pour tous les amateurs de bière. Et pour celles et ceux qui veulent goûter autre chose que de la bière lager pour changer.

Nous avons lancé Cardinal Brunette pour la gastronomie. C’est une innovation qui offre des chances à nos clients dans la gastronomie de toute la Suisse. Nous démontrons ainsi, que le marché suisse romand est important pour nous.
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Beaucoup de passion, donc. Beaucoup moins de goût, hélas.

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Mais au fait, dis-moi : c’est quoi, une bière artisanale ?