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Bière d’honneur vaudoise

Le canton de Vaud aura désormais sa bière d’honneur, comme il a son vin. Un postulat du député Vert Martial de Montmollin, « Faisons mousser la bière« , a en effet été accepté par le Grand Conseil cette semaine. Je lui ai demandé pourquoi.

C’est lui (source: twitter)

Pourquoi ce postulat ?

 J’ai déposé ce postulat pour soutenir la production de bière locale de qualité. Il y a environ 50 brasseurs sur le canton. Pour la plupart, ce sont des brasseurs artisanaux dont le travail mérite d’être mis en avant par une telle distinction.
 

Comment a réagi le parlement ? Tu t’attendais à ce que ce soit accepté ?

Le Grand conseil a été amusé. Certains collègues ont pris la parole pour me soutenir, d’autres pour combattre l’idée. Je ne savais pas vraiment quel serait le résultat, mais j’avais bon espoir.

2header_grand_conseilLe Grand Conseil (source: vd.ch)

 

Quels ont été leurs arguments ?

Les arguments pour:

– soutien à la production locale

– nouveaux débouchés pour l’agriculture

Les arguments contre:

– Pourquoi une distinction pour la bière et pas pour le saucisson ou la gentiane

– Ce débat décrédibilise le Grand conseil

Contrairement au vin, la bière n’a pas de tradition dans le canton, donc n’est ce pas prématuré ?

La bière a une grande tradition de consommation dans le canton. Il suffit de fréquenter n’importe quel giron pour s’en convaincre. Mais en ce qui concerne la production, il y a aussi une tradition brassicole vaudoise. Le dictionnaire historique suisse, par exemple, mentionne l’ouverture d’une brasserie en 1717 à Morges. Mais il y en a eu probablement bien d’autres. Cette tradition s’est perdue avec la concentration de la production qui nous a amenés a n’avoir plus qu’une trentaine de brasseurs au niveau suisse dans les années 70. Pendant longtemps, la bière Boxer (brasserie fondée en 1960) fut quasi la seule du canton, mais depuis une à deux décennies de nombreuses brasseries artisanales font revivre cette tradition oubliée.

1010Jeunes gens occupés à faire revivre les traditions (source: jeunessedetoy.ch)

Quand aura lieu le choix et comment ?

L’idée est que le Conseil d’Etat désigne une « bière d’honneur du Conseil d’Etat » au même moment qu’il désigne « le vin d’honneur du Conseil d’Etat » et le « fromage d’excellence », ce qui se fait généralement entre fin novembre et début décembre


Quels seront les critères ?

La balle est maintenant dans le camp du Conseil d’Etat qui devra élaborer le processus de désignation


Peu de bières locales sont brassées avec des matières premières locales (pour le moment). Est-ce qu’on peut vraiment parler de produit régional ?

A l’heure actuelle, l’orge et le houblon sont malheureusement importés. Toutefois, une production d’orge s’est développée à Genève et des essais sont en cours à Bavois. Les consommateurs de bières artisanales veulent le plus souvent un produit local de qualité. Il y a donc clairement un marché pour notre agriculture dans la production d’orge et de houblon locaux. Ce développement va tout à fait dans le sens de la diversification de l’agriculture et de l’orientation vers des produits de qualité et de circuits cours que prônent les Verts.

L’ordre du malt

C’est un paradoxe : le nombre de brasseries n’arrête pas d’augmenter en Suisse et les consommateurs apprécient de boire local. Mais le malt, comme le houblon, est produit ailleurs.

Mais cela va changer bientôt. Plusieurs projets existent, à Genève, dans le canton du Jura, dans le canton de Vaud, en Argovie.

Le projet genevois est opérationnel depuis deux semaines et sa première charge est prête à la commercialisation. « Nous attendons les résultats des derniers résultats des analyses qualitatives  ; nous devons préciser que nous sommes déjà très satisfaits de la qualité intrinsèque de ce premier malt produit », affirme John Schmalz, du Cercle des agriculteurs de Genève et environs. Ce projet est financé à 30% par la Confédération, dans le cadre d’un PDR (Projet de développement régional) et à 70% par la coopérative agricole. Son objectif est de « valoriser la production céréalière genevoise ». « Nous sommes en train de finaliser la labellisation GRTA (Genève Région Terre Avenir) afin que les brasseries genevoises puissent produire et commercialiser une bière à 99% genevoise et, pour les autres brasseries intéressées hors canton, il s’agit de leur fournir un malt 100% suisse », précise encore John Schmalz. Le premier malt produit est un EPC 2-4 – « nous n’avons pas le droit d’utiliser la définition de Pils- ou Pilsener en raison d’un accord entre la Suisse et la République Tchèque » – mais d’autres devraient suivre, notamment du malt de blé pour la weizen. La production est de 200 tonnes par an environ. Un autre projet existe à Soral, lancé par la brasserie du père Jakob, mais rien ne devrait bouger d’ici un à deux ans.

Image : CAG Genève
Image : CAG Genève

 

 

 

 

 

 
Le projet jurassien est porté par les jeunes et motivés brasseurs de la Blanche Pierre, à Delémont, Elena Hoffmeyer et Sandro Ettlin.  » Il s’agit de la première étape d’un processus qui vise, à moyen terme, la production d’une bière composée à 100% d’ingrédients biologiques d’origine locale. Le développement de la malterie répond à la volonté de créer un circuit de production-distribution court », ont-ils affirmé lors d’une récente conférence de presse. Ils prévoient de produire 5 à 6 tonnes de malt l’an prochain, pour eux et pour les brasseries du Nord-Ouest de la Suisse. Ensuite, ils aimeraient augmenter petit à petit cette capacité. « Nous sommes des bricoleurs, nous faisons beaucoup de choses nous même », précise Elena Hoffmeyer. Pour financer leur projet, ils ont lancé « un genre de crofoudingue, mais sans internet ». ( IBAN CH79 0078 9100 0004 4700 2 / mention „«projet malterie“», ils ont aussi une adresse mail et un numéro de téléphone pour plus de renseignements). Pour le moment, ils recherchent notamment des locaux leur permettant de concentrer toutes leurs diverses activités sur le même site. Sandro Ettlin m’a dit lors de la fête des vendanges (oui) de Moutier (si) que la phase de la recherche de fonds n’était pas franchement celle qu’ils préféraient, et Elena Hoffmeyer m’a raconté qu’il était probablement plus difficile d’être pris au sérieux avec un projet à 50 000 francs que s’ils demandaient un million.

Quant au houblon, Elena Hoffmeyer affirme que c’est « moins urgent » d’en produire : « il n’en faut que 150 grammes pour 100 litres, contre 22 kilos de malt ». La Blanche Pierre se fournit en bio et en Argovie. Elle est un peu sceptique quant à la mode actuelle du surhoublonnage, et se demande : « il y a tellement de façons de changer le goût d’une bière, pourquoi aller chercher du houblon en Nouvelle-Zélande ? Et cela tue un peu le plaisir de la découverte, quand on se trouve à l’étranger, si on utilise les mêmes houblons partout. » Mais cette plante pousse très bien en Suisse et des projets vont très certainement suivre prochainement, à l’image de ce qui se passe en France.

Cuve de trempage et tambour de germination, Image : CAG-Cercle des agriculteurs de Genève
Cuve de trempage et tambour de germination, Image : CAG-Cercle des agriculteurs de Genève

 

 

 

Des mines et du malt

Chaque mois, le nombre de brasseries en Suisse augmente. Frédéric Guerne, le brasseur de la « Courtysane » à Courtelary, ne colle pas vraiment à l’image que l’on pourrait se faire de ces nouveaux brasseurs.

Déjà parce que, il l’avoue, il n’était pas vraiment un grand amateur de bières quand il a décidé de se lancer. Lui, s’il s’est mis au malt et au houblon c’est parce qu’il n’aime pas l’hiver. Dans un livre sur les savoir-faire d’antan offert par sa femme, il a découvert l’art du brassage. Et pour occuper un peu ses journées pendant un hiver particulièrement mordant, il s’y est mis.

Ensuite parce que, contrairement à bien d’autres nouveaux venus, il ne rêve pas de vivre un jour de sa bière. Il a un métier, peu habituel mais qui le passionne : Frédéric Guerne est le fondateur de l’entreprise Digger DTR, à Tavannes, qui fabrique des engins de déminage. Une profession éprouvante. Brasser lui apporte la nécessaire décompression.

Actuellement, il fait des brassins de 90 litres, toutes les six semaines. De nouvelles cuves devraient lui permettre de doubler cette capacité. Les bières de la Courtyane ne devraient, pourtant, pas se retrouver sur les rayons de votre beer-shop favori. Toute la production est en général écoulée entre deux brassins. Principalement grâce au bouche-à-oreille. Les premiers clients étaient des amis ou des proches, « il commence maintenant à y en avoir que je ne connais pas. »

Frédéric Guerne dit surtout être motivé par la passion pour la mécanique. Ingénieur de formation, il a bricolé lui-même la plupart des appareils nécessaires à la fabrication de ses bières. Des fournisseurs, avec lesquels il travaille pour Digger, le laissent utiliser des chutes de matière première et leurs installations.

Les images viennent du site www.courtysane.ch

Particularité importante de la Courtysane : Frédéric Guerne malte lui-même, à partir d’orge planté exprès pour lui par des paysans de la région. Il fait également pousser du houblon, mais ses récoltes ne lui suffisent pas pour toute sa production.

Toute la famille participe, non seulement pour embouteiller, fabriquer les étiquettes ou concevoir le site internet, mais aussi pour l’élaboration des recettes. « Ma femme et mes enfants ont plus de goût que moi », assure-t-il. La famille est également mise à contribution pour les noms des bières. A chaque fois, il s’agit de localités en rapport avec la recette. Comme la Teresina, du nom d’un ville au Brésil, pays producteur d’oranges, oranges qui parfument cette blonde. « Notre manière à nous de voyager. »

Teresina qui, d’ailleurs, et j’aurais peut-être dû commencer par là, est une bière très réussie.