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Drêche russe

La bière en Russie, c’est une belle partiellement passable histoire d’amour qui débuta vers la fin du 18ème siècle, lorsque des brasseurs anglais distillèrent l’Imperial Stout pour éveiller l’intérêt de la cour du Tsar. L’idée était d’élaborer un breuvage dont la teneur en alcool était tellement élevée qu’un jour ou l’autre, les Russes finiraient presque immanquablement par la remarquer.

Car oui, à l’époque, Ivan penchait surtout pour la vodka et dès lors, bonne chance pour vous imposer dans ce marché-là avec vos gentilles mousses.

Savoir apprécier la bière requiert toute la finesse d'un palais délicat.
Savoir apprécier la bière requiert toute la finesse d’un palais délicat.

Il faut dire que l’alcool en Russie est presque perçu comme un symbole national et identitaire ; le peuple traversa chacun des grands changements qui jalonnent sa riche histoire une bouteille à la main, sa consommation l’accompagne depuis l’aube des temps, l’aidant à oublier la misère ou la morosité, générant tantôt d’incommensurables scènes de liesse populaire, tantôt de sombres tragédies plongeant toute la nation dans le deuil. C’est un peu comme si, en Suisse, on avait toujours eu Federer.

Du coup, essayez de le lui enlever ! Les mesures visant à limiter la consommation excessive, adoptées au début de la guerre par Nicolas II (qui n’avait peut-être pas très bien choisi son moment), aboutirent à la révolution russe, tandis que celles émises par Gorbatchev finirent de dissoudre le bloc de l’est. Actuellement, Poutine cherche à son tour à lutter contre l’alcoolisme en Russie, ce qui devrait donc incessamment le mener à sa perte, et le monde pourra méditer sur la leçon selon laquelle une bonne action de Poutine aura causé sa chute.

Mais revenons-en à nos houblons (j’imagine que je suis le premier à faire ce jeu de mots) ; si, au pays des Tsars, la vodka reste toujours en tête des habitudes de consommation, la bière gagna peu à peu en popularité, jusqu’à y devenir à peu près aussi répandue que sous nos latitudes. Toutefois, son commerce reçut un solide coup sur la nuque le premier janvier 2013, lorsque le gouvernement y reconnut officiellement la présence d’alcool.

Après des années d'enquête policière.
Après des années d’enquête policière.

Car avant cette date, toute boisson dotée d’un taux d’alcool inférieur à 10% était considérée comme un aliment et rangée à ce titre entre les jus de fruits et les sodas. Et oui, elles étaient statistiquement en tête des ventes des boissons non alcoolisées ; on en trouvait dans les kiosques, dans des échoppes ouvertes toute la nuit dont la loi prohibait la vente d’alcool, dans des stations-service et même dans des magasins situés à proximité des écoles.

Tout est prêt pour la collation des élèves.
Tout est prêt pour la collation des élèves.

En conséquence, les Russes se mirent à stocker chez eux, puis se rendirent compte que tout ceci prend de la place et c’est depuis lors le lent et inexorable retour à la case vodka. Mais c’était bien essayé, Angleterre !